25 octobre 2006
Un visage coupé vif
" Ma mère aurait pu tomber dans cette coupure à vif de la terre je crois que je n'aurais pas pleuré. Puisqu'elle dit toujours qu'elle veut mourir. Alors qu'il y a des tas de gens qui voudraient vivre, vivre, et qui meurent d'une maladie terrible comme ce vieux cousin qui avait la moitié du visage bouffée et pourrie derrière son pansement. C'était venu doucement, une petite croûte d'abord sans doute, un trou de rien du tout et ça s'est creusé, ça a duré des années, dix, quinze ans peut-être. A la fin ça sentait mauvais. Il ne voulait personne pour le soigner, que personne ne voit cela, il changeait son pansement tout seul."
(Marie-Pierre François, Un soleil coupé vif, Gallimard, p.26-27)
Souvent dans les histoires je suis saisi par l'apparition d'un personnage d'arrière plan. Il y a quelque temps je m'étais arrêté sur le pépé du Tiroir à cheveux d'Emmanuelle Pagano, sur son visage singulier (voir ici aussi pour cette question de visages). Le visage altéré de ce vieux cousin, dans le roman de M-P. François, me renvoie à quelques vieilles photos de famille, à cette arrière-arrière-grand-mère au visage bouffé dont on m'a parlé de temps en temps. Sur les photos, elle posait le plus souvent de trois quart pour dissimuler ce creux dans sa mâchoire que recouvrait un pansement.
22 octobre 2006
Barbara Schroeder
" Comme Colette le fit avec ses mots, Barbara Schroeder, avec son pinceau, célèbre ( non sans humour) les splendeurs potagères du terroir blayais ou celles de la lointaine vallée de la Lune découverte à l’occasion d’un voyage en Patagonie : les fèves qu’elle croque crues, au beurre et au sel, le raisin qui produit ce vin des côtes de Bourg qu’elle déguste en professionnelle, mais aussi l’oignon et l’ail que l’on frotte sur le pain, la tomate juteuse , la citrouille, le navet, l’artichaut, la châtaigne, la grenade, le citron... Ces légumes « du pauvre », ces fruits rustiques se présentent cuirassés derrière une peau épaisse et rugueuse, des feuilles ou des piquants, une cosse ou une coque,. Mais gorgés de soleil ils éclatent et à travers leurs craquelures révèlent à notre convoitise la promesse de leur graine sucrée, de leur la pulpe." Robert Coustet, Professeur d'histoire de l'art à l'université Bordeaux III
"Jamais, Barbara ne s’est inquiétée de choisir entre la figuration ou l’abstraction. Qu’il s’agisse de compositions murales, de collages, de natures mortes ou de paysages, l’œuvre se développe naturellement. Il suffit qu’elle soit porteuse de sens et d’émotion. Il en est ainsi des souvenirs de Patagonie qui donnent lieu à des recherches matiéristes légères et délicates. Sur des fonds métalliques oxydés et fluides s’accrochent des lambeaux de terres mousseuses. Des arbres rares pliés par le vent, quelques minuscules animaux brouteurs de lichens suggèrent l’immensité de la steppe." idem
l’œil pétrifié
par trop
de sens
il me fut donné
d’envier
la croissance
neutre
sans adresse
et sans questions
des végétaux
(A.D, textes-texture végétale)
A propos de Barbara Schroeder:
Née en 1965 à Kleve en Allemagne.
S’installe à Bordeaux en 1984 et suit des études à l’Université de Bordeaux III et à l’Ecole des Beaux Arts de Bordeaux avec une formation en gravure.
Obtient son DEA de Communication Art et Spectacle sur le thème des Peintures du Mur de Berlin en 1989.
BIBLIOGRAPHIE:
2006 Agrégats, textes de Armand Dupuy, Editions Sang d’Encre
2005 Parcours 1988 – 2005, Domaine de Lescombes, Eysines
2004 Art-i-show, textes de Michel Butor, Editions l’Esprit du Temps
2000 La vie en couleur, préface de Robert Coustet, Verlag Heinz Janssen
13 octobre 2006
Les mains de Charles Juliet
---
tes mains
traversent
la membrane
cherchent
à dissiper
l'épaisse
litière
de ténèbres
( et
nuits blanches
de la page
, plus tard )

peinture - Fred Bonna 2006
peignées
par le flux
aléatoire
de la source
jamais comblées
jamais dissoutes
, algues claires
du désir,
elles flambent
comme
des veilleuses
sentinelles
limpides
posées
sur
la nuit
du corps
A.Dupuy, Les mains de Charles Juliet / vers la transparence, avec Marie-Thérèse Peyrin, Fanny Batt, Fred Bonna et Tanguy Dohollau
à paraitre aux éditions Sang d'Encre fin octobre.
11 octobre 2006
Zéno Bianu
Le ciel intérieur, Fata Morgana
ODE AU FEU TRANSFORMANT
...comme il est singulier
qu'en voulant la libération,
on tremble devant elle.
Ashtâvakra Samhitâ
tant et si longtemps
que les corps brûlent
que les morts ont un visage
de silence tremblé
tombée d'esprit
parole effondrée
photo a.d / Fondation Maeght, avril 2006
tant et si longtemps
que le fleuve roule et déroule
sental et bouse
lait caillé chair brûlée
fleur d'os
aum et amen
tant et si longtemps
qu'il rend les morts au secret du monde
tisseur d'éternités
ciselant
sa houle
comme un tatoueur de temps
il saisit l'orée
et le déclin des êtres
empoigne ce qui fuse
assourdi
sous la suie
accueille
la pluie d'offrandes
photo a.d / Fondation Maeght, avril 2006
[...]
un enfant au sang de lait sombre
sème des torches
dans le sans-fond
dans le vide à vif
où vont les corps pétris de nuit
où vont les corps meurtris de joie
07 octobre 2006
Germination
"Depuis que nous parlons ensemble, nos visages ont changé" (MthP)
04 octobre 2006
Regards hallucinés
Lectures par Alain MARC de regards hallucinés tirés de Regards hallucinés, poésies & notes, préface de Bernard Noël, éditions Lanore.
On pourrait penser à l’écriture automatique, mais c’est tout le contraire : il n’est pas question de recueillir le flux de la pensée en évitant tout contrôle, il s’agit de trier la lecture comme l’orpailleur trie le sable de la rivière pour isoler la pépite — sauf qu’Alain Marc crée la pépite en la découvrant [...] Le mot isolé est posé là dans son plus simple appareil, puis confronté à un suivant tout aussi nu. L’effet est détonnant car il déroute le “poétique” pour ne laisser que le nerf tendu, l’intensité. (B. Noël)
improvisations musicales à la flûte traversière et au saxophone soprano d'André VECHOT
Hervé Bauer - Mise en pièces de la Lyre
A Pierre Bergounioux
dans les conduits bouchés de la phrase
qui resiste à la terre
-cadastre
où moisit l'étendue
les pieds devant -
l'odeur perpétuelle de la Vanité entête
le crâne
qui creuse la Pensée mange le ciel
par la racine
: les fosses nasales pour
respirer à
mort
avant que ' mouchée '
ma lueur
bas-côté d'
une voix à aller dans le décor /
rompue
au silence
bas d'casse
où rouille le ciel
( capable de néant )
las! l'entretien atterré de soi
. tu
à la vieilleuse
crâne (s)











