14 novembre 2006
Fred Bonna et Charles Juliet, le 8 nov.06 / photo a.d06
Le 8 novembre, avant que Lambeaux ne soit joué au théâtre de Venissieux, Charles Juliet venait évoquer son parcours et lire quelques poèmes. Lecture poignante. La voix sourde et pausée qu'on lui connaît. La voix accordée à ce qu'elle dit (voir son extrême sensibilité aux voix). Lecture en toute simplicité, en offrande.
L'opulence de la nuit, dernier livre de Charles Juliet (qui sortait ce jour-là), en plus de textes assez récents, regroupe bon nombre de poèmes déjà parus dans des livres rares et peu connus (chez l'atelier des Grames, Les classiques du grand pirate ou chez Jean-Pierre Huget éditeur - Carnet des 7 collines).
Certains ont affirmé que ce livre n'apportait rien à l'oeuvre de CJ. Tout y aurait déjà été mâché et remâché (voir la note du 8 nov. 2006 dans le journal de Jean-Claude Bourdais). Je ne suis pas tout à fait d'accord. Le premier intérêt de ce livre est, bien sûr, de permettre l'accès, à chacun, à des textes rares. De plus, si les thème sont récurrents, c'est évident, ce qui change fondamentalement dans ce livre, c'est le rapport de l'auteur à ces thèmes. Son rapport à sa propre souffrance. Charles Juliet nous donne à voir la distance entre lui et ce qui l'a harcelé durant des années. C'est le prolongement d'une trajectoire singulière. Une lecture peu attentive laisse penser qu'il fait du Best of, du réchauffé, et, qui plus est, du mauvais réchauffé puisque ça semble plus amortie, moins incisif qu'auparavant. Mais, CJ ne se complait pas dans son style. Il ne se contente pas de s'imiter lui-même en déclinant à volonté "ses" thèmes dans la forme première de son écriture. Il reste donc très près des axes fondateurs, mais le regard est neuf.
Finalement tout est là, déjà là, il n'invente rien donc, si ce n'est son regard sur ça.
Et comme le précise Marie-thé en commentaire: "C'est cela qui a changé : il a retrouvé une forme de joie qui ne l'abandonnera plus quelles que soient les épreuves à traverser."
J'ai choisi les textes suivant en guise d'exemples. Le premier est extrait du recueil L'oeil se scrute. Le second, du dernier recueil publié. thème identique: la fouille en soi. Elle est toutefois appréhendée de manière fort différente. Douloureuse fouille dans les méandres de soi, véritable travail de forage, dans l'extrait du premier recueil. Puis, dans le second texte, errance interne, délivrée de toute angoisse. Le socle est posé. bien-être.
L'expression joie grave que propose CJ me parle beaucoup.
brisures les longues pluies
d'automne
arrachement qui me coupent
du monde
saccages
et remontant journée de silence
dans ta grotte et de bien être
en deça
de ce dont l'oeil fouille
je procède l'interne
parmi trouvant
granits et quelques pépites
porphyres
j'entreprends
ma genèse (Eclats, in L'opulence de
la nuit, POL, p.79)
tente
d'engendrer
la sphère
qui m'engendra
(L'oeil se scrute
in Fouilles, POL, p.120)
Commentaires
tant me tente
La voix est un soc...
Oui Armand, ce que nous avons entendu ensemble le 8 Novembre procède à la fois de la même source et ne donne pas pour chacun la même portion d'eau à boire... "Notre soif est sans remède" se plaisait-il à répéter autrefois, citant les mystiques. Charles Juliet s'est forgé une spiritualité sans dieu qui transcende la médiocrité vécue et dépassée en lui et reconsidérée autour de lui. Sa voix est donc celle d'un homme qui sait ce qu'il en est pour tout ce qui est de l'humain mais qui reste étonné d'avor encore à apprendre. Lorsque je lui ai remis par surprise le recueil de poèmes et de peintures que nous avions préparé , il m'a paru le plus rieur des hommes,lui qui affichait autrefois le masque le plus dur et sombre de la mélancolie. C'est cela qui a changé : il a retrouvé une forme de joie qui ne l'abandonnera plus quelles que soient les épreuves à traverser.
Et c'est beau à voir, à vivre et à entendre lorsqu'on se met à son écoute et qu'on partage ces moments "purs" de la vraie rencontre. Nous avons tous fait un beau voyage dans le champ nourrissant d'une écriture dont le soc bienveillant a calligraphié pour nous tous une manne "paysanne" faite de sillons "tout droits" et de soleil solide...
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