21 novembre 2006
Winfried Veit

photos a.d06 - Salon Lyon & Sud-Est
"Le thème de « l’Homme debout » suscite en moi immédiatement un malaise. Même s’il évoque une tension vers le ciel, une aspiration spirituelle, c’est l’homme qui lutte, qui résiste, l’homme éveillé. Mais déjà l’homme qui prie, qui travaille, se plie et penche vers la terre. Je ne peux envisager une position idéalisée, unilatérale et ignorer l’importance de son contraire dans un monde où la bipolarité s’impose comme principe de vie. L’exclusivité de la station debout est symboliquement intenable, physiquement insupportable et constitue une torture." W. Veit
« Ce n’est pas parce que je parle que je sais ce que je dis,
Ni parce que je dessine que je saisis le sens de mes traits.
Mais peut être lorsque j’apprends à voir et à t’écouter,
L’image se dévoile.
Il se peut que derrière mes traits obscurs,
Sous le noir,
Malicieusement,
Dans la permanence du blanc,
Se cache se que je cherche,
Sans savoir.»
Winfried Weit
14 novembre 2006
Fred Bonna et Charles Juliet, le 8 nov.06 / photo a.d06
Le 8 novembre, avant que Lambeaux ne soit joué au théâtre de Venissieux, Charles Juliet venait évoquer son parcours et lire quelques poèmes. Lecture poignante. La voix sourde et pausée qu'on lui connaît. La voix accordée à ce qu'elle dit (voir son extrême sensibilité aux voix). Lecture en toute simplicité, en offrande.
L'opulence de la nuit, dernier livre de Charles Juliet (qui sortait ce jour-là), en plus de textes assez récents, regroupe bon nombre de poèmes déjà parus dans des livres rares et peu connus (chez l'atelier des Grames, Les classiques du grand pirate ou chez Jean-Pierre Huget éditeur - Carnet des 7 collines).
Certains ont affirmé que ce livre n'apportait rien à l'oeuvre de CJ. Tout y aurait déjà été mâché et remâché (voir la note du 8 nov. 2006 dans le journal de Jean-Claude Bourdais). Je ne suis pas tout à fait d'accord. Le premier intérêt de ce livre est, bien sûr, de permettre l'accès, à chacun, à des textes rares. De plus, si les thème sont récurrents, c'est évident, ce qui change fondamentalement dans ce livre, c'est le rapport de l'auteur à ces thèmes. Son rapport à sa propre souffrance. Charles Juliet nous donne à voir la distance entre lui et ce qui l'a harcelé durant des années. C'est le prolongement d'une trajectoire singulière. Une lecture peu attentive laisse penser qu'il fait du Best of, du réchauffé, et, qui plus est, du mauvais réchauffé puisque ça semble plus amortie, moins incisif qu'auparavant. Mais, CJ ne se complait pas dans son style. Il ne se contente pas de s'imiter lui-même en déclinant à volonté "ses" thèmes dans la forme première de son écriture. Il reste donc très près des axes fondateurs, mais le regard est neuf.
Finalement tout est là, déjà là, il n'invente rien donc, si ce n'est son regard sur ça.
Et comme le précise Marie-thé en commentaire: "C'est cela qui a changé : il a retrouvé une forme de joie qui ne l'abandonnera plus quelles que soient les épreuves à traverser."
J'ai choisi les textes suivant en guise d'exemples. Le premier est extrait du recueil L'oeil se scrute. Le second, du dernier recueil publié. thème identique: la fouille en soi. Elle est toutefois appréhendée de manière fort différente. Douloureuse fouille dans les méandres de soi, véritable travail de forage, dans l'extrait du premier recueil. Puis, dans le second texte, errance interne, délivrée de toute angoisse. Le socle est posé. bien-être.
L'expression joie grave que propose CJ me parle beaucoup.
brisures les longues pluies
d'automne
arrachement qui me coupent
du monde
saccages
et remontant journée de silence
dans ta grotte et de bien être
en deça
de ce dont l'oeil fouille
je procède l'interne
parmi trouvant
granits et quelques pépites
porphyres
j'entreprends
ma genèse (Eclats, in L'opulence de
la nuit, POL, p.79)
tente
d'engendrer
la sphère
qui m'engendra
(L'oeil se scrute
in Fouilles, POL, p.120)
Anthelme-Léon Dorias
A.L. (1907- 1945) est le fils de François Dorias (1855-1936). Sans doute est-il encore plus méconnu que ce dernier. J'avais entendu parler, quoique très peu, de Dorias père, figures discrète de l'école Lyonnaise de peinture. J'avais aussi trouvé sur internet quelques-uns de ses tableaux. Peinture fragmentaire. L'huile est posée à petits coups de couteau. Jamais bien loin, l'incendie: au détour d'une allée, derrière le portillon qu'une femme s'apprête à ouvrir... Les ravages d'un feu lancinant dirait-on. Quelque part. Derrière, qui couve. Peinture simple et émouvante.
J'ai eu la chance, ce week-end, de mieux découvrir l'oeuvre de François Dorias (et de son fils A.Léon) sur les murs de sa propre maison, drôle de bicoque qui sent le bois, aujourd'hui habitée par sa petite fille Marie.
Marie nous a également donné à voir des dizaines d'études d'Anthelme-Léon dont certaines m'ont vraiment touchées par leur dépouillement, la plupart tendues vers une sorte de vision élémentaire. J'ai rapporté chez moi ces deux dessins qu'elle m'a offert, et qui sont parfaitement accordés aux paysages de novembre que nous avons eu à traverser, lors de nos détours multiples, pour nous rendre à Sathonay-Village où résidait le peintre.
"Léon Dorias a commencé à exposer au Salon d'Automne vers l'âge de 19-20 ans. Il vivait essentiellement de sa peinture (sauf pendant la guerre) mais en donnait énormément, ce qui explique la modestie de ses moyens financiers et la précarité de sa vie au village.
Il partait en bicyclette sur les chemin des Dombes, dans le Beaujolais ou les Monts-d'Or, pour croquer des paysages, peindre sur nature. [...] Il réalisait jusqu'à la tombée du jour, des ébauches, études, dessins d'arbres et autres structures picturales, pour ses futures compositions." (J. Plaetevoet, François Dorias, Peintre lyonnais)
Pour que son travail continue à vivre dit Marie, généreusement, pour justifier le don de ces deux études. J'espère contribuer un peu à ce partage.
05 novembre 2006
Aurélie Noël
"Ouvrir la mémoire et la transcender afin qu'elle devienne racine." (A.N)
Jeu de perte, d'altération, mais quelque chose reste:
"Du fond de l'absence, quelque chose me regarde."
(Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regard)
***
J’ai découvert le travail d’Aurélie dans un magazine Lyonnais Kiblind. Elle y présentait son grand visage bleu (qu’elle vient de vendre... dommage pour moi). J’ai tout de suite été frappé, saisi même. Visages sans persona, sans masque. Visages à nu, à vif. Sous-visages. Visages cicatriciels.
Il n’y a pas longtemps, Mth P en passant chez moi me demandait, à propos de mes peintures, à quelque chose prêt : Ces visages tu les connais ? Et comme je devais bien répondre que non, puisque c’est la vérité, elle a ajouté en riant : Mais tu laisses entrer n’importe qui chez toi !
Cette phrase m’avait frappée. Au delà de l’humour, elle énonce un vérité fondamentale. Je ne sais pas encore expliquer bien cela, mais je pressent que le travail d’Aurélie relève de ce même fondamental (fond d’a-mental / inconscient ?). C’est une sorte de porosité dans soi qui laisse frayer des figures d’inconnus, d’anonymes. C’est troublant d’être capable de peindre autant de visages différents, des visages de personne. Autant de figures, peut-être, de ce que Bernard Duez nomme l’intime intrus. Je ne connais pas assez son travail pour préciser comment il conceptualise et utilise cela, mais la juxtaposition de ces deux termes - belle oxymore - m’éclaire vraiment. (Je pense à JCB. Cela pourrait lui ouvrir quelques pistes de réfléxion).
Facettes de cet intime intrus, qui nous donne à vivre une sorte de sentiment d’imposture, d’inquiétante -familière- étrangeté (das Unheimlich), qui fait que l’on ne coïncide jamais vraiment avec soi.
Celui qui nous fait peur, mais qu’en fin de compte on ne déteste pas tout à fait.
Vous pourrez découvrir le travail d'Aurélie du 11 novembre au 13 novembre 2006 à la mairie de Sathonay-Village, dans le cadre de l'association François Dorias. Ca vaut vraiment le déplacement. J'aurais la chance d'exposer deux ou trois peintures à ses côtés.










