mots_tessons

Poésie

18 mai 2007

Charles Juliet


Ces bruits du monde extérieur



(ed. Sabar, 2005, 20 ex. numérotés accompagnés d'une photographie originale de Marc Gourmelon)

Ces bruits du monde extérieur, qui vous déchirent l'âme. Vous expulsent de vous-même. Vous jettent sans ménagement au sein d'une réalité qui prend pour un instant des allures de cauchemar. Tout est anéanti de ce qui vivait en vous, et vous êtes là, hébété, à attendre que prenne fin l'ébranlement que vous venez de subir. Quelques chose comme un meurtre a été perpétré, et il vous faut en hâte mais de mauvais gré réintégrer un univers où tout paraît hostile.

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Et au dedans, bien souvent, ce bavardage qui n'en finit pas. Mêle en un seul flux des bribes de soliloques aux sources fort différentes. Mais parfois - trop rarement, trop rarement - les bruits se taisent, le bavardage cesse, et un étrange silence survient. Ce silence, rien ne pourrait le faire naître, et vous ne saurez qu'il a éclos que lorsqu'il aura pris fin. L'être n'est plus scindé par ce regard qu'il porte sur lui-même. La paix est là, un accord, un ineffable bien-être, et l'espace intérieur est considérablement dilaté. Transparence, liberté, sensation de coïncider avec soi-même. Secrète, une voix parle. En réalité, elle n'est qu'un simple murmure, des plus ténus, mais aux paroles distinctes et qui forcent l'écoute. Qu'elle dicte ou non une note, un poème, cette voix éclaire, nourrit, énonce ce qui un temps va calmer la soif.

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(Ce texte est paru une première fois (à un mot près*), 17 ans plus tôt, dans le N°8 de la revue Recueil, en 1988 -p.76- précédant un bon texte de J-M. Maulpoix, La langue coupée, qui commence ainsi: "L'on me demande souvent à quel moment j'ai commencé d'écrire. Je suis tenté de répondre: après m'être coupé la langue...")

*Dans la version de 1988 on trouve "...un étrange silence s'établit" au lieu de "un étrange silence survient".

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Commentaires

Avant de prendre la Mer...

Merci Armand pour ta complicité dans la redécouverte d'une écriture que nous ne cessons d'arpenter...
en échange de ton choix, voici
un poème de FRAGMENTS ( Livre des débuts que tu m'as offert...):

*

le peu de lumière
qui me soutient

une lumière grise
incertaine haillonneuse

je le découvrais en
visitant ces villes
éclatantes de blancheur
sous ce soleil
qui m'embrasait
me martelait
me distendait
me donner à redouter
une vie trop dense
trop tendue

mais je connaissais la joie
effervescente des rencontres
éperdument ouvert
offert me hâtant
précautionneusement
vers ce que chacun
recèle d'unique
les sourires et les poignées
de mains échangés

ne cessant de faire
ruisseler en moi
leur délicate et
bouleversante
lumière

je le dois au manque
à cette ténèbre où
je tourne et vire
sans repos
ne sachant
ce que je cherche
pourquoi je vais
ce qui me meut


_________________

Charles JULIET , FRAGMENTS Précédé de Meurtre ou Sacrifice par Georges HALDAS, L'AIRE / Coopérative Rencontre, 1973, p.141-142.

Posté par Mth P, 19 mai 2007 à 15:58

UNE INDISPENSABLE PONCTUATION

Revenir aux mots essentiels, encore et toujours … Charles Juliet ici revient comme une ponctuation, un point vurgule fondamental qui éclaire tout le reste. Et comme vous avez raison de vous acharner à nous le faire (re)découvrir sans cesse.

Posté par Poetic Gladiator, 21 mai 2007 à 16:53

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