31 mai 2007
Nicolas Grégoire
dehors somnolence
tant que possible
on l’exige
avec fêtes et rigolades
pour ne__________rien
penser
surtout ne pas
être et toucher
ou alors
alors cravache
hurlements d’enfants
d’un côté du mur
l’inertie corrige
droit
de l’autre
(Inédit, 2007)
29 mai 2007
bien sûr, ces fleurs bruyantes ne ressemblent pas
à cette plage douce
grise hors saison
crissante de coquillages
peut-être davantage aux néons et aux pubs du centre Ville
je ne sais pas
je n'y vais pas
j'aime les vagues lentes
la mer chantante
et cette solitude mi-amère
ensemence les souvenirs de nos rencontres
bien sûr, ces fleurs bruyantes ne me ressemblent pas
mais tu retrouveras ma lumière légère
dans la mémoire de tes yeux
alors, tu peux passer une couche de blanc
et recommencer ma voix et mon parfum
(Souvenir de... livre manuscrit- peint par Anne Slacik - texte Lucie Petit © - 2005)
27 mai 2007
Albane Gellé
quand le coeur descendu on deviendrait le fleuve en face le fleuve il coule quoi qu'il arrive ne connaît pas le mot fleuve ne connaît pas le mot coeur nous devant même pas la peine d'y plonger pour aller dans son courant des bateaux il y en a bien mais personne n'est dedans mieux vaut prendre le fleuve directement aller au plus grand ne pas s'asseoir
quelque chose dans l'immobilité des choses contre quoi on vient buter heureusement parce que ce serait un beau désordre si tout se mettait à bouger ça sufit bien
(Aucun silence bien sûr, le dé bleu, 2002, p. 17 et 37)
22 mai 2007
Christian Prigent
Comme tout monde humain, mais plus qu'aucun autre peut-être, notre monde est un monde en manque de sens. La demande de sens y est donc d'autant plus acharnée.
[...]
Dans un tel contexte, on peut comprendre que nos contemporains manifestent peu de goût pour ce qui n'apporte aucune apaisante clarté ni aucun savoir stabilisé. Rien de vraiment étonnant dans leur dédain de la littérature "difficile". Rien de mystérieux non plus dans ce que j'ai appelé ailleurs la volonté actuelle d'oublier la "modernité" en art et en littérature.
J'appelle ici modernité ce qui érode l'assurance des savoirs d'époque, défait le confort formel et propose moins du sens qu'une inquiétude sur les conditions même de production d'un sens communément partageable.
J'appelle modernes ceux qui vivent toute langue comme étrangère et doivent donc trouver une autre langue - une langue dont la "nouveauté" perturbe le goût dominant et déplace les enjeux de l'effort stylistique.
J'appelle moderne cette passion qui vient mettre sous tension contradictoire, d'un côté la leçon pacifiée des bibliothèques et des musées, de l'autre le troublant tumulte du présent.
(A quoi bon encore des poètes?, POL, 1996, p. 7-11)
20 mai 2007
Pierre Bergounioux
Nous occupions une dépression gréseuse, à la jointure du Massif central et du Bassin aquitain. La roche grossière, bise, ocre, qu’on avait sous les pieds, on s’en était servi pour bâtir. Elle donnait à la vie quotidienne la teinte bistre des photographies du début du XX ème siècle. Cette coloration surannée, funèbre, parachevait la sensation d’habiter le passé, d’être séparé de sa propre possibilité, privé de la joie élémentaire de vivre […]. L’humeur assortie à ce paysage […] c’était la mélancolie.
Lorsque j’eus résolu d’extorquer leur raison suffisante aux innombrables choses qui avaient altéré d’emblée ma joie, rogné sur notre liberté, ce sont les pierres, aussi, qu’il m’a fallu questionner. Elles avaient opposé leur houle dure au simple plaisir d’aller. […] C’est parfois dans l’épaisseur du globe, aux confins de l’aire primaire, parmi les troncs pétrifiés de calamites et les fossiles d’amphibiens, qu’il faut aller chercher l’explication de nos états d’âme, lorsqu’ils sont tristes et qu’on prétend les écarter.
(Où est le passé, entretien avec Michel Gribinski, Editions de l'Olivier, 2007, p.45 et 73)
Lire les études bergouniennes de Jean-Claude Bourdais.
18 mai 2007
Charles Juliet
Ces bruits du monde extérieur
(ed. Sabar, 2005, 20 ex. numérotés accompagnés d'une photographie originale de Marc Gourmelon)
Ces bruits du monde extérieur, qui vous déchirent l'âme. Vous expulsent de vous-même. Vous jettent sans ménagement au sein d'une réalité qui prend pour un instant des allures de cauchemar. Tout est anéanti de ce qui vivait en vous, et vous êtes là, hébété, à attendre que prenne fin l'ébranlement que vous venez de subir. Quelques chose comme un meurtre a été perpétré, et il vous faut en hâte mais de mauvais gré réintégrer un univers où tout paraît hostile.
Et au dedans, bien souvent, ce bavardage qui n'en finit pas. Mêle en un seul flux des bribes de soliloques aux sources fort différentes. Mais parfois - trop rarement, trop rarement - les bruits se taisent, le bavardage cesse, et un étrange silence survient. Ce silence, rien ne pourrait le faire naître, et vous ne saurez qu'il a éclos que lorsqu'il aura pris fin. L'être n'est plus scindé par ce regard qu'il porte sur lui-même. La paix est là, un accord, un ineffable bien-être, et l'espace intérieur est considérablement dilaté. Transparence, liberté, sensation de coïncider avec soi-même. Secrète, une voix parle. En réalité, elle n'est qu'un simple murmure, des plus ténus, mais aux paroles distinctes et qui forcent l'écoute. Qu'elle dicte ou non une note, un poème, cette voix éclaire, nourrit, énonce ce qui un temps va calmer la soif.
(Ce texte est paru une première fois (à un mot près*), 17 ans plus tôt, dans le N°8 de la revue Recueil, en 1988 -p.76- précédant un bon texte de J-M. Maulpoix, La langue coupée, qui commence ainsi: "L'on me demande souvent à quel moment j'ai commencé d'écrire. Je suis tenté de répondre: après m'être coupé la langue...")
*Dans la version de 1988 on trouve "...un étrange silence s'établit" au lieu de "un étrange silence survient".
17 mai 2007
Sophie G. Lucas
28.
mes mains se défont dans l'eau de son bain jusqu'à l'os voudrais que la chair disparaisse qu'elles ne touchent plus rien qu'un fond de terre
33.
un coup dans l'aile et quatre ailes dans le fossé à la fermeture du bar rentre à pied sous les étoiles à me demander si une fille peut abandonner son père
46.
devrais-je étreindre mon père contre moi le serrer comme du linge quand il mourra aussi fort qu'il nous serrait pour nous faire taire
68.
le regardant s'effacer d'ici et l'envie de passer l'éponge quand il a touché le fond un jour tous les pères ont à faire avec leurs filles plus ou moins
(Nègre blanche, l'idée bleue, prix de poésie de la ville d'Anger 2007, p. 35, 38, 52 et 74)
12 mai 2007
Paul Roddie
NATATION NEWTONIENNE
Une fois déshabillé au soleil
j'entre dans la mer comme un Peau-Rouge
la tête enfoncée dans l'eau
les deux bras loin devant
(jonglant avec des horizons hors de portée)
Une succession de vagues étouffe toute résistance
me transforme en une algue bercée par les flots
mais je me lasse bien vite d'être le jouet de l'océan
et attends q'une vague ambitieuse
vienne me propulser sur la lune!
SWIMMING A LA NEWTON
I bare my body to the sun
and go into the sea like a Redskin
head face-down in the water
arms stretched out ahead of me
(grappling with unseen horizons)
A succession of weves quells all resistance
makes me one of the flotsam and jetsam
but I soon tire of the ocean's toying
and wait for an ambitious wave
to come and wash me up on the moon!
(Terrains vagues, terrains précis / No holds bards, L'Harmattan, 2003, p.60 et 61)
08 mai 2007
Roland Dauxois
" Pendant que je sommeille, quelque chose veille en moi, qui dort quand je veille" (A. Guerne, La nuit veille)
Je veille et la nuit même m'apparaît secondaire,
sans relâche je compte mes doigts,
le nombre est immuable,
je m'astreins chaque jour à dénombrer le visible.
Bientôt,
la nuit viendra me dérober la vision même de mes
doigts.
Néammoins, je continuerai à les compter.
Le nombre est immuable,
le jour au moins m'aura appris cela.
(L'unique veine, Le vampire actif, 2007, p.45)
07 mai 2007
Erwann Rougé
Elle se tenait là autre
avec des vides des effacements
toute entière et pieds nus
Se tenait là autre avec le vertige
Suivait le glissement des sables
la remontée des yeux
l'inconnu de part en part
Elle a tout éteint
dans la cadence des dunes
Tout cela à la lisière
de ce qui tremble
avec les cris qui collent
justement
quand tu tombes
entre main et mot
(Paul les oiseaux, L'idée bleue, 2005, p.35 et 67)















