13 août 2007
Charles Juliet
Là où le centre devient ce cercle qui ne cesse de croître, je n'y suis jamais parvenu. Et si je me connaissais, je conviendrais qu'il ne peut en être autrement. Mais aujourd'hui, je voudrais me mettre en marche, je voudrais essayer de me mettre en marche. Ce n'est pas une mince affaire. Souvent la voix radote, égare l'oeil, lui livre une fausse lumière, et il y eut tant de départs manqués, de vrais départs et de fourvoiements, de regrets et d'abandons, de reprises, de retours furtifs, de nuit, tête basse, loins du chemin du retour.
Et si seulement je pouvais ne pas avoir à me lever. Si je pouvais en finir d'avoir à commencer. Car je n'ai pas la force. Je suis grand, vif, costaud, coriace, plein d'énérgie, mais je n'ai pas la force. Et aujourd'hui, alors que je veux me mettre en route, sans d'ailleurs savoir où aller, ni par quels chemins, ce qui semble évident, ni dans quels buts, ni pour quels motifs, ce que je vois, c'est une falaise.
(Fragments, L'Aire, 1973, p. 161)




