mots_tessons

Poésie

22 août 2007

Henry Dancer

"Seule la peinture m'apaise..."   (H. Dancer)



Charles Juliet a parlé, à propos de leur longue amitié, de révélation du "double". il en avait fait un petit livre dans une formule revue et augmentée, publiée en 2001 et intitulée "Bribes pour un double". Il partageait avec Henry Dancer la passion de la littérature, de la philosophie, de la poésie et de la peinture. Souvent, ils se retrouvaient dans ce caféqui accueillit si souvent Jacques Truphémus, lorsqu'il déclinait sa série de toiles sur le thème des  cafés, à la lisière de cette place des angoisses, si justement décrite par Jean Reverzy  [...]  Dancer avait-il évoqué dans ses rencontres régulières avec Charles Juliet, ce désir profond d'être cet homme différent qui le poussait à confier à des embryons de journeaux intimes ce flot d'interrogations qui bientôt nourrirait sa peinture?

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                                                                                                    Roseaux

Un temps, ils se voyaient souvent, Charles et Henry, au moins chaque semaine, le samedi matin. Qui des deux prenait le plus la parole? Qui avait besoin de se confier à l'autre? Faut-il avoir confiance en l'autre pour lui dire son intime? A quel moment Charles avait-il ressenti Henry comme son double?

(Henry Dancer, Editions Mémoire des Arts, 2004, p. 11 et 12)

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                        Pour que survienne ce silence
                        où parle la voix qui porte la vie
                        ai le courage pour un temps
                        de demeurer seul et pauvre et nu

                        *

                        Quand le doute
                        au lieu de ne laisser que ruines
                        t'aide à affûter
                        ce qu'il n'a pu abattre

                        *

                        Certains qui croient
                        mourrir de soif
                        il leur manque
                        d'être véritablement
                        altérés

(C. Juliet, Bribes pour un double, Arfuyen, 2001, p. 36, 46 et 63)

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                                                             La grande plage d'Oléron


Henry mort, je ne suis plus rien: la femme d'Henry Dancer ... qui n'est plus.

Le femme du medecin... fini, plus de medecin, les patients réclament leur dossier et se feront soigner ailleurs.
La femme du docteur Dancer... fini ... le docteur Dancer, desormais, il n'y en a plus qu'un et c'est moi.

La femme du psychanalyste... fini... les analysants sont aussi en deuil, à leur manière... ils se tournent vers un autre psy...

Il ne reste que ta peinture. Je mets toute mon énérgie à la promouvoir.
Dans tout ce chaos, voilà un petit point qui tient. c'est à partir de lui que je vais pouvoir me reconstruire.
Il y va de mon identité.

la femme du peintre... la peinture est là et c'est bien.

(Elisabeth Dancer, Henry Dancer, une vie suspendue, p.30)


Fondation Henry Dancer


Posté par mots_tessons à 18:09 - Peinture - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bribes & Fragments

Bribe pour un double a été écrit d'un seul tenant, la nuit... dans ce mouvement que Charles Juliet évoque encore ,avec un sourire émerveillé ... comme étant :"le rapt du poème", ce surgissement très structuré, ne nécessitant, au contraire de sa prose très laborieuse, aucune retouche . Il est le messager des contenus inconscients, les couches de l'impensé dans le registre de l'originel. C'est pourquoi le poème touche à l'universel .

J'avais lu avec émotion le livre d'Elisabeth DANCER, je crois qu'elle témoigne avec une grande délicatesse de ce que c'est que vivre aux côtés d'un créateur et la difficulté à devoir porter sa mémoire dans le legs douloureux et chagriné imposé par "le grand départ". J'aurais voulu lui écrire... Je n'ai pas osé... Il n'y a rien à dire de plus.

Faire connaître son livre et la fondation Henry Dancer sont une trsè bonne idée.


Je pense aussi à toutes ces amitiés profondes et structurantes qui jalonnent le parcours d'un écrivain. Les journaux permettent d'en retrouver la trace. Je relis avec grand intérêt la préface de Georges Haldas sur Fragments. Tous les germes et les encouragements pour l'oeuvre future sont présents.


Henry Dancer a été un confident,un appui masculin important, j'oserais presque dire un frère silencieux et attentif. Sa position médicale et sa proximité géographique ont été un recours précieux dans les années d'incertitude et de doute. Charles Juliet parle de lui avec gratitude et gravité et lui voue grande estime personnelle.

Posté par Mth P, 23 août 2007 à 19:44

Correctif

Elisabeth Dancer, Henry Dancer, une vie suspendue


Faire connaître son livre et la fondation Henry Dancer est une très bonne idée.

Posté par Mth P, 24 août 2007 à 19:05

Si tu as en tête un passage de journal se référent à Henry dancer, ... cela pourrait enrichir l'approche.

Posté par ad, 24 août 2007 à 21:12

Dans le Journal IV de Charles Juliet ...

J'ai mis un moment pour le retrouver dans le foisonnement des rencontres du journal IV ACCUEILS 1982-1988,page 344.

______________

" Il y a plusieurs années, alors que je ne le connaissais pas, j'avais demandé un rendez-vous à Henry. J'étais dans un profond marasme et je voulais qu'il me prescrive quelque médicament qui me donne un peu d'énergie. Au cours de cette consultation, je n'avais guère été bavard et il n'avait pas disposé de beaucoup d'éléments pour se faire une idée de qui j'étais. Par la suite, alors que nous étions devenus amis, je lui avais demandé ce qu'il avait pensé de moi ce jour-là. Sa réponse m'avait surpris : " J'avais perçu que tu étais un rebelle."

Un rebelle. Je crois qu'il avait vu juste. Certes, je n'ai pas l'âme d'un trublion, mais je pense avoir une sorte de sixième sens pour flairer ce qui menacerait ma liberté intérieure, ce qui chercherait à m'embrigader, à diriger ma pensée, à me pousser là où je ne voudrais pas aller. Ce sixième sens me maintient constamment sur mes gardes.

Le "non" qui s'oppose à la menace, je n'ai nul besoin de le manifester. Simplement , je me retranche et je refuse mon adhésion [...]

Aujourd'hui, si je cherche à analyser en quoi il consiste, je dirais qu'il résulte peut-être d'un certain sens du vrai, du besoin que j'ai de préserver mon intégrité, de l'obligation où je suis de rester fidèle à certaines valeurs auxquelles je tiens.

Cet état de rébellion intérieure va de pair avec une nécessaire révolte. Or cette révolte commence par une révolte contre soi. Pour que celle-ci garde toute sa vigueur, il me paraît qu'elle doit demeurer cachée."

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Note du 28 Mars 1988 . CJ J IV

Posté par Mth P, 09 septembre 2007 à 12:24

Une autre note de Journal concernant Henry Dancer.

15 janvier

« Dans ton récit, m’explique Henry, tu n’as pas fait
revivre l’enfant que tu as été. La transparence, la pureté,
l’innocence qui sont les siennes, tu n’as pas eu à le recréer.
Car celui dont tu nous parles au long de se pages, c’est l’en-
fant qui est en toi. Qui est toi. »

Après les années de délabrement que j’ai connues, se
pourrait-il qu’ait subsisté en moi cette part d’innocence qui
serait passée dans mon livre ? Inimaginable, incroyable
complexité de la nature humaine. Quelles forces ont tra-
vaillé en moi à mon insu pour me reconstruire, me régéné-
rer ?
Je ne suis pas encore dégagé de mon livre et ce
qu’Henry m’en fait découvrir est pour moi source d’un
profond étonnement.

________________________

Charles Juliet, L’Autre Faim ,Journal V, 1989-1992 , p.13

Posté par Mth P, 14 septembre 2007 à 04:01

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