26 août 2007
Cécile Guivarch
La fascination les couleurs. Il a fallu les cueillir les enfiler le long des tiges. Elles percent la blancheur de la terre. Le rouge transvase la substance les arbres l'herbe que tu entends à peine. A l'instant où s'arrachent les racines le rouge se fane. Tu voudrais l'offrir à ta mère la
tête sur le côté se tord tes doigts refermés. Les jaunes soleils à réchauffer le pré à coller au menton et plus si affinités. Roses jaunes rouges en elle le coeur le vent au rythme tic toc ton père ta mère l'oreille le matin dans le grand lit. c'est partout autour la vie vis vite. Et ton coeur qui n'est pas prêt de s'arrêter.
(Planche en bois, Contre-allées / poètes au potager,2007, p.16)
24 août 2007
Serge Pey
Comment cela a-t-il commencé?
Je crois que cela a toujours commencé, depuis qu'il y a des hommes. La poésie est biologique, elle est au stade de la cellule... Mais peut-être que la conscience du commencement remonte à ce jour où il y avait beaucoup d'invités à la maison. notre table était trop petite et j'ai vu mon père saisir la porte d'entrée et la poser sur des tréteaux.
Ce jour-là, nous n'avons pas manger sur une table mais sur une porte. Les aliments qui étaient devant moi servaient à autre chose qu'à s'alimenter, ils servaient à passer. Nous mangions pour passer, à travers la porte. Comprendre c'est passer. Je ne peux écrire un poème sans renverser une porte.
(La main et le couteau, Parole d'Aubre, 1997, p.12 / Extrait de l'entretien avec Thierry Renard)
22 août 2007
Henry Dancer
"Seule la peinture m'apaise..." (H. Dancer)
Charles Juliet a parlé, à propos de leur longue amitié, de révélation du "double". il en avait fait un petit livre dans une formule revue et augmentée, publiée en 2001 et intitulée "Bribes pour un double". Il partageait avec Henry Dancer la passion de la littérature, de la philosophie, de la poésie et de la peinture. Souvent, ils se retrouvaient dans ce caféqui accueillit si souvent Jacques Truphémus, lorsqu'il déclinait sa série de toiles sur le thème des cafés, à la lisière de cette place des angoisses, si justement décrite par Jean Reverzy [...] Dancer avait-il évoqué dans ses rencontres régulières avec Charles Juliet, ce désir profond d'être cet homme différent qui le poussait à confier à des embryons de journeaux intimes ce flot d'interrogations qui bientôt nourrirait sa peinture?
Roseaux
Un temps, ils se voyaient souvent, Charles et Henry, au moins chaque semaine, le samedi matin. Qui des deux prenait le plus la parole? Qui avait besoin de se confier à l'autre? Faut-il avoir confiance en l'autre pour lui dire son intime? A quel moment Charles avait-il ressenti Henry comme son double?
(Henry Dancer, Editions Mémoire des Arts, 2004, p. 11 et 12)
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Pour que survienne ce silence
où parle la voix qui porte la vie
ai le courage pour un temps
de demeurer seul et pauvre et nu
*
Quand le doute
au lieu de ne laisser que ruines
t'aide à affûter
ce qu'il n'a pu abattre
*
Certains qui croient
mourrir de soif
il leur manque
d'être véritablement
altérés
(C. Juliet, Bribes pour un double, Arfuyen, 2001, p. 36, 46 et 63)
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La grande plage d'Oléron
Henry mort, je ne suis plus rien: la femme d'Henry Dancer ... qui n'est plus.
Le femme du medecin... fini, plus de medecin, les patients réclament leur dossier et se feront soigner ailleurs.
La femme du docteur Dancer... fini ... le docteur Dancer, desormais, il n'y en a plus qu'un et c'est moi.
La femme du psychanalyste... fini... les analysants sont aussi en deuil, à leur manière... ils se tournent vers un autre psy...
Il ne reste que ta peinture. Je mets toute mon énérgie à la promouvoir.
Dans tout ce chaos, voilà un petit point qui tient. c'est à partir de lui que je vais pouvoir me reconstruire.
Il y va de mon identité.
la femme du peintre... la peinture est là et c'est bien.
(Elisabeth Dancer, Henry Dancer, une vie suspendue, p.30)
15 août 2007
André du Bouchet
V
Je sors
dans la chambre
comme si j'étais dehors
parmi des meubles
immobiles
dans la chaleur qui tremble
toute seule
hors de son feu
il n'y a toujours
rien
le vent.
X
Je freine pour apercevoir le champ vide, le ciel au dessus du mur. Entre l'air et la pierre, j'entre dans un champ sans mur. Je sens la peau de l'air, et pourtant nous demeurons séparés.
Hors de nous, il n'y a pas de feu.
(Dans la chaleur vacante suivi de Ou le soleil, Poésie/Gallimard, p. 64 et 69)
13 août 2007
Charles Juliet
Là où le centre devient ce cercle qui ne cesse de croître, je n'y suis jamais parvenu. Et si je me connaissais, je conviendrais qu'il ne peut en être autrement. Mais aujourd'hui, je voudrais me mettre en marche, je voudrais essayer de me mettre en marche. Ce n'est pas une mince affaire. Souvent la voix radote, égare l'oeil, lui livre une fausse lumière, et il y eut tant de départs manqués, de vrais départs et de fourvoiements, de regrets et d'abandons, de reprises, de retours furtifs, de nuit, tête basse, loins du chemin du retour.
Et si seulement je pouvais ne pas avoir à me lever. Si je pouvais en finir d'avoir à commencer. Car je n'ai pas la force. Je suis grand, vif, costaud, coriace, plein d'énérgie, mais je n'ai pas la force. Et aujourd'hui, alors que je veux me mettre en route, sans d'ailleurs savoir où aller, ni par quels chemins, ce qui semble évident, ni dans quels buts, ni pour quels motifs, ce que je vois, c'est une falaise.
(Fragments, L'Aire, 1973, p. 161)
09 août 2007
Emmanuelle Pagano
La nature c'est comme le reste, c'est pas plus beau ni plus pur qu'une ville, que les zones commerciales ou les zones industrielles, que les éoliennes hautes et arrogantes au-dessus des épicéas. Des fois, même la nature elle est comme ça énervante et neurasthénique, à l'automne si moche et sale, boueuse et collante au printemps quand la neige poisse, arrogante avec le soleil intact de l'hiver, et ridicule si verte l'été. Pénible, ennuyeuse, comme tout le reste. Si pourtant le plateau me vient souvent autour de moi si beau, c'est juste parce que j'y vis.
C'est bête mais magnifique est l'endroit où on vit, ça dépend de comment on se lève, comment on regarde au-dehors, ça dépend de si on regarde. Il y a des jours, des matins ou des nuits, où le temps dans le paysage, où l'air dans les arbres est exactement, presque trivialement, en accord avec le temps dans notre corps, l'air dans notre humeur, on est maussade et dehors aussi, l'humidité se palpe de partout, de nous jusqu'aussi loin là-bas, où ne voient pas nos yeux, puisque le crachin nous interdit de voir.
(Les Adolescents troglodytes, POL, 2007, p.61)
06 août 2007
Jack Kerouac
Les semelles de mes
chaussures
sont propres
A force de marcher sous la
pluie
*
Levant les yeux pour voir
l’avion
Je n’ai vu que l’antenne de
télé
Terrain de base-ball vide
- un rouge-gorge
Sautille sur le banc
*
A l’arrière du Supermarché,
parmi les herbes du parking,
des fleurs violettes
La mayonnaise –
la mayonnaise arrive en boîte
par la rivière
(Le livre des haïkus, La table ronde, 2006)













