28 octobre 2007
Mohammed El Amraoui
Ici et là
quelques voyelles
montent et descendent
suivant
pas encore
clair ;
un oiseau
noir et un merle se partagent la phrase
étrangère
Ac
cent
ac
cents
dans
la rue,
cela
cède
moi,
nuit
milieu
sur
une lèvre d’occident
une
autre d’orient
(ou bien le contraire)
(Ce côté-ci et alentour, le dé bleu, 2006, p.23;24;25)
25 octobre 2007
Didier Pobel
Vingt-quatre ans. Mon âge
tient dans un poing bâclé. Je
le sais sur mes dix doigts
- drageons orphelins du bleu et
du pâle - qui colmatent mon
col. S'y jettent les bribes d'un
automne aphone. J'ai écrit des
grammes de mots: il me reste ce
temps, alors. Je peux marcher sur
des chemins défoncés de rythme.
La nausée d'un magnétophone attire
des mouches et des bus verts, et,
je crois un squale en savon.
Commence
(chemin frayé, le dé bleu, 1978, p.9)
18 octobre 2007
Sophie G. Lucas
[I]
prise dans le ciel
comme
prise dans le ciment
la journée vient
lente
[VII]
pleine
d'emportements
boursouflée
lumière en dedans
tout
pourrait changer
enfin exploser
(Petites dépressions (un jour sur deux), Verso n°130, 2007, p.19-20)
11 octobre 2007
Valérie Rouzeau
Ne plus tenir debout quelquefois tu disais.
Depuis quoi j'ai rêvé que je te relevais que je te relavais et que tu retombais.
Dans la pièce la plus froide tu te serais cassé.
Quand bien même je t'aurais mis debout et tenu aux épaules et parlé à l'oreille apporté des lilas ça n'aurait pas marché.
D'ailleurs je t'ai pleuré dessus ça ne t'a pas remué ni quand j'ai pris ta main dans mes mains bonnes à rien ni rien.
Tu te serais cassé.
Trêve d'éternité
(Pas revoir, Le dé bleu, 1999, p.72)
07 octobre 2007
Philippe Rahmy
le combat ne peut-être gagné, j'écris alors que je déserpère, sachant que la défaite laissera sous elle quelques lettres intactes de laine et de cheveux [...]
alors que je souffre allongé sur le flanc, serrant contre moi un grand livre d'images, alors que je pense à toi, je plonge dans ma haine
la douleur n'apprend rien, rien, le refuge qu'elle offrait vient de s'effondrer; lorsque les cris cessent et que la bouche dévastée, puante d'entrailles, se vide à longs traits, j'entends hurler la voix que j'appelle mon âme; telle est mon âme, un déchet organique qui cherche à me fuir, la voici [...]
je n'irai nulle part sur ma main renversée; je ne demande pas ma route; écrire est la façon la moins humiliante de souffrir et de faire l'aumône
l'abdomen déchiré par la morphine déploie sa pieuvre de boyaux
(Demeure le corps, Cheyne Editeur, 2007, p. 9, 13, 44 et 45)
04 octobre 2007
Israël Eliraz
tant q'il ne jette pas son ombre,
le toit n'est pas un toit.
Tant qu'elle ne se bagarre pas avec la clé
la serrure n'est pas la porte.
J'accepte l'autorité du quotidien.
Je commence avec le vide
afin d'être en éveil.
Je regarde lentement.
Lentement, je regarde encore.
J'aperçois une enfant debout sur l'extrémité.
Je me rapproche encore:
toute chose est lumière.
On voit mieux en découvrant qu'il n'y a rien à voir.
Par terre, des débris, des remarques en vrac
dans le vert profond d'un oeil
.
( Comment entrer dans la chambre où l'on est depuis toujours, José Corti, 2003, p.30)











