16 novembre 2007
Jane Sautière
Les lieux de ce travail, les maisons d'arrêt, la vieille, la neuve. Celle-ci, ni rat, ni poussière, confite dans son béton, plus impitoyable que l'autre. Les banlieues, à parcourir en tous sens, à chercher des bus qui ne passaient jamais. Le service d'accueil des sortants de prison sans domicile, un entresol, entre la maison d'arrêt et l'asile psychiatrique, entre deux vins, entre deux maux choisir le pire. Ces lieux peuplés de vous, de vos histoires. Ce que la mémoire refuse de garder et que l'écriture refuse de délivrer.
Une façon de vivre aussi, de regarder le monde. De regarder comment ça broie une vie, comment cela se confectionne un destin, ce qui ne se commande pas. L'injustice, oui, l'injustice, mais aussi l'impuissance.
La peur de toutes ces violences mises bout à bout. La vôtre aussi, elle m'irradie encore. Je ne peux pas être dans la rue sans savoir, sans guetter, sans me préparer à esquiver vos crocs et vos becs. tout est à craindre, tout le temps, et de tous, puisque, précisément, il n'y a pas de monstres.
(Fragmentation d'un lieu commun, Verticales, 2003, p. 9 et 10)
Commentaires
L'oeil en fin de compte... Mais qui n'y suffit pas !
Envie de prolonger l'évocation ,
avec un poème de François CHENG dans CANTOS TOSCANS p.29,Editions Unes, 1999 :
" Le carré lumineux de la fenêtre
Capte les lointaines courbes du Dehors :
Lignes des crête hérissée de cyprès,
Ourlet des nuages rompu par un aigle...
Dedans, on reste coi, sûr que tout est dit,
Que rien ne sera dit. Pourtant ce moment
Infini que seul un oeil fini voit.
ça fait frémir , vive la campagne et la soupe au choux
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