mots_tessons

Poésie

02 décembre 2007

Pierre Bergounioux


On est double ainsi que Descartes l'a établi dans la mémorable nuit du 10 noveambre 1619, pétri par deux substances dont l'une est étendue - c'est notre corps - et l'autre rien que pensante. C'est de la seconde qu'il tire sa première et principale certitude: qu'il est. Et chacun d'entre nous, à son tour, en peut bien faire l'épreuve, s'assurer de soi-même et de tout puisque le bon sens est la chose du monde la mieux partagée.

9paysages

                                      peintures de Barbara Schroeder (son site)       

J'opposerai pourtant à notre philosophe, comme le laboureur d'Orconte au compte de Saint-Exupéry qui volait à trente mille pieds, j'objecterai doucement à Descartes qu'il est un détail qu'il a quelque peu négligé. Je sais bien qu'il le mentionne, que c'est par là qu'il attaque la deuxième partie du Discours, le vif du sujet: "j'étais alors en Allemagne, où l'occasion des guerres qui n'y sont pas encore finies m'avait appelé..." Mais il passe trop vite, à mon gré. Il aurait dû ajouter qu'étant les choses auxquelles on naît, on ne les verra en tant que telles qu'autant qu'on s'en est éloigné. On ne se connaîtra pour ce qu'on est qu'après avoir cessé de l'être. L'exil est au principe de la connaissance et toute conaissance un exil.

(L'empreinte, Fata Morgana, 2007, p.57 et 58)


Lire les Bergouniennes de JCB

Posté par mots_tessons à 11:23 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

magnifique cette s"érie de peinture de Barbara Schroeder ! j'aime beaucoup cette impression de corps !
L

Posté par lam, 03 février 2008 à 22:21

Oui, un reste de main dans le paysage.

Posté par a., 03 février 2008 à 22:35

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=93943&pid=7091861

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :