26 décembre 2007
Paul Badin
La Pointe, vendredi matin 17 mars
Loire en tablier gris, quel secret magnétisme luit sous les braises qui couvent à l'orée des nuages et des eaux jumelles?
Fleuve embesogné de barques vives, le pouls grésille: pépiements et caquetages sur la basse continue gangue et bruits industriels [...]
Les Forges, Samedi matin 3 juin
De grandes brumes gomment les contours, la chair même de l'intime pays
Seules quelques minces silhouettes d'ombre tremblotent dans les moiteurs de lin clair
Reste le santier, brin amont, fil aval, pour rattacher au pouls matriciel
Le regard n'y scrute que mieux sa trace
Le fourreau d'effluves de foin, bien au chaud sous le drap, ne lâche pas la main
Dans ses inflexions basses, le sentier emerge à peine des boues d'orage
Relevé, les graminées le frôlent et l'enjôlent
En sa crise d'opacité végétale, une soudaine marée d'orties l'étouffe
Ce qui fait signe, au fond de l'éclaircie grise, déchiffre de profondes obsessions
(Loire, Tarabuste Editeur, p.15 et 30)
02 décembre 2007
Pierre Bergounioux
On est double ainsi que Descartes l'a établi dans la mémorable nuit du 10 noveambre 1619, pétri par deux substances dont l'une est étendue - c'est notre corps - et l'autre rien que pensante. C'est de la seconde qu'il tire sa première et principale certitude: qu'il est. Et chacun d'entre nous, à son tour, en peut bien faire l'épreuve, s'assurer de soi-même et de tout puisque le bon sens est la chose du monde la mieux partagée.
peintures de Barbara Schroeder (son site)
J'opposerai pourtant à notre philosophe, comme le laboureur d'Orconte au compte de Saint-Exupéry qui volait à trente mille pieds, j'objecterai doucement à Descartes qu'il est un détail qu'il a quelque peu négligé. Je sais bien qu'il le mentionne, que c'est par là qu'il attaque la deuxième partie du Discours, le vif du sujet: "j'étais alors en Allemagne, où l'occasion des guerres qui n'y sont pas encore finies m'avait appelé..." Mais il passe trop vite, à mon gré. Il aurait dû ajouter qu'étant les choses auxquelles on naît, on ne les verra en tant que telles qu'autant qu'on s'en est éloigné. On ne se connaîtra pour ce qu'on est qu'après avoir cessé de l'être. L'exil est au principe de la connaissance et toute conaissance un exil.
(L'empreinte, Fata Morgana, 2007, p.57 et 58)





