27 janvier 2008
Claude Favre / Jacky Essirard
Sournoiserie des voix un homme un autre s'adressent des signes serait-ce une fugue
ou l'une des formes brèves du paradoxe
non un chemin de hareng rouge ils se lèchent les babines je vois bien et criblée fichée au corps la muerte seule
(Sang. S, L'atelier de Villemorge, nov. 2006, 15 exemplaires accompagnés de 4 linogravures de J. Essirard).
21 janvier 2008
Dominique Quélen
levé tôt, foncé, détérminé, tôt trempé dans l'aube. Pas gymnastique: les lois se laissent mieux penser en plein jour. Tout ce qui était presque s'accomplissant. Les causes, les effets. Le bloc du monde enfin découpé. Rien dont la raison échappe. Comme dans une cave, une outre où cogne un corps sans force. Près de rompre, toujours. Et l'outre et la cave (d'un coup) sont ouvertes. Oublié ce qui manque
travaillé dans l'épaisseur au bleu de coupe: un trait, une entaille. Pour remédier (à ce qu'on dit) par de simples retouches. De là l'évasement soudain du corps en toutes zones et division. Le visage avec sa partie molle arrivée d'un côté, de l'autre les angles, les parois sèches. Dans l'entre-deux, diminution des surfaces. A peine un point près à se plier. D'avoir fait un éclat
(Petites Formes*, Editions Apogée, 2003, p.21 et 76 )
19 janvier 2008
Emmanuel Laugier
ainsi il y a un fil blanc très fin très
continu dans la fleur
des nerfs du poème
ce point articulé entre toi
et le vraiment vide d'où tu crois
encore parler
__
__
ainsi il y a comment ça fait
qu'une voix
encore se parle
ici
dans l'écart d'un pas de fou d'esprit
mangé par les orties
__
__
aisni y-a-t-il toujours la même
chose en quinconce
dans la boite ou ailleurs
une sorte de voix noire avec sa basse
longue et sûre sa
puanteur de corne brûlée
sa douce odeur de fleur ouverte en
2
roses revues cassées
(Mémoire du mat, Editions Virgile, 2001, p.62)
14 janvier 2008
Charles Juliet
Ils attendent.
C'est le deuxième jour.
L'homme ne devrait pas tarder, mais il reste peu d'espoir. La veille, les hommes du village avaient constitué deux groupes. Le premier s'était rendu à la rivière - une rivière aux eaux profonde et en amont du barrage, large d'une centaine de mètres. Les second groupe avait cherché dans les granges, les maisons en ruines, dans ce bois où à l'automne le cantonier s'était pendu.
Au retour
de l'école, l'enfant avait
englouti sa tranche de pain et son sucre,...
C'est le soir
du troisième jour.
L'enfant a besoin d'un mouchoir qui se trouve dans la pièce voisine où il n'ose aller. il ne peut toujours pas parler à la mère, ni lui demander ce petit service. D'ailleurs, même s'il le pouvait, il s'en abstiendrait. Il veille à a cacher qu'il est en permanence dévoré par la peur.
(La Fugue, mise en livre et eau-forte d'Anik Vinay, Atelier des Grames, dec. 2007)
08 janvier 2008
Gaspard Hons
Porte traversée de mots
Transparents.
Je découvre l'horizon
Et mon visage anonyme.
Franchi le deuil,
S'écoule
Le silence des abattoirs
Souillée de noir
Le glacier bordé de blanc.
Je sombre.
Je me sauvais
Comme l'autre après la Gironde
Entre
Dans la main qui élague
(Visage Racinéant, Rougerie, 1999, p.48 et 57)









