mots_tessons

Poésie

24 mars 2008

Pierre Bergounioux


Au grès ocre succédaient sans transition les micaschistes puis le gneiss puis le granit, au pied de l'asile d'aliénés de Cornil, avant que le gneiss ne reprenne le dessus jusqu'à Tulle où le granit se soulevait pour former l'échine du plateau. Là commençait le coeur du département qui culmine à Millevaches, le haut pays, le monumental berceau des sources vers lequel, un jour, dans le nuit du matin, à travers la neige, je monterais avec ma vie dans le creux de la main, comme un petit caillou, un raisin sec et la certitude qu'avant le soir j'en serais débarrassé, je ne ferais plus qu'un avec le froid noir et l'étrange clarté montée de la neige.

08_00311

Mais ça aussi, ce fut plus tard, quand on a l'avant-goût de ce qu'on est, de ce qui nous manque, et qu'il dépend d'un mot de quelqu'un dont la neige et la nuit nous séparent et la peur et l'indignité, aussi, que l'on demeure.

08_005111

(L'empreinte, Fata Morgana, 2007, p.13)

Posté par mots_tessons à 13:27 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=93943&pid=8444536

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :