27 avril 2008
Antoine Emaz
la lumière cerne serre ferme
même les mots
un silence de verre
l'air fait bloc
la lumière le traverse
comme une loupe
dans l'air
râpeux
jardin comme raclé
par la lumière
elle coupe net aux angles
aux moindres relief du crépi
mur
éclatant de blanc
the light surround clings closes in
even on words
silent as glass
air hangs solid
the light a magnifying glass
cutting through
the roughness
like a blade
that scarpes
across the garden
slicing the corners of the wall
the tiniest plaster bump clean
wall
blinding white
(Petite suite froide / Ice suite (trad. Delia Morris), Atelier des Grames / coll. l'à bordée, 2005, p.19 et 18)
25 avril 2008
Dominique Quélen
plage de Coxyde. Les nuages avancent droit. La digue, pierres et briques alternées, poignées d'herbes dans les jointures. Clarté de l'air uniformément répartie. Moteurs lointains (hors des opérations du jour). Flaques d'ombre en mouvement. Fille tenant un poids mort à la main: une apparence d'algues et de cordes. Sac hermétique à transpiration sèche. Les pensées viennent par à-coups. jambes nues. Bottes jaunes. Mi-Avril
le pain du crâne, une source. Et tu voudrais déjà commencer à vivre. Attends: attends d'abord la fin ( pour naïtre) de ta mort. Une source, et jamais la moindre rive. Aussi bien fleuve, ou couleuvre d'eau bleuie entre des corps dont chacun porte en lui un nom étranger. Et qu'approche un autre nom, plein d'une eau pareille où tout se mélange, un nom pour ce qui reste
(Comme quoi, L'act'mem / la rivière échappée, 2008, p. 18 et 44)
20 avril 2008
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Avec une peinture et 5 dessins de Winfried Veit
19 avril 2008
Alejandra Pizarnik
CELLE DES YEUX OUVERTS
la vie joue dans le jardin
avec l'être que je ne fus jamais
et je suis là
danse pensée
sur la corde de mon sourire
et tous disent ça s'est passé et se passe
ça va passer
ça va passer
mon cœur
ouvre la fenêtre
vie
je suis là
ma vie
mon sang seul et transi
percute contre le monde
mais je veux me savoir vivante
mais je ne veux pas parler
de la mort
ni de ses mains étranges
(Oeuvre poétique, Actes Sud, 2005, p.23)
12 avril 2008
Turin
Décidons, ce matin, sur un coup de tête, de passer quelques jours à Turin (21 - 24 avril). Et j'ai envie, avant de partir, de relire Le métier de vivre de Pavese. Livre qu'il me faut racheter puisque mon exemplaire est toujours emballé dans les cartons de déménagement. En sortant de la librairie, je parcours quelques pages à la recherche d'un 12 avril, n'importe lequel, pour voir ce que Pavese peut bien avoir à dire un 12 avril. Je tombe sur cette note du 12/04 de 1941 qui me cueille au bon moment:
.
L'un des plaisirs humains les moins observés est celui de se préparer des
événements à échéance, de s'organiser un groupe d'événements qui aient une
construction, une logique, un commencement et une fin. La fin est aperçue
presque comme une acmé sentimentale, une joyeuse ou flatteuse crise de
croissance de soi. Cela s'étend à la construction d'une réponse du tac au tac à
celle d'une vie. Et qu'est ce que cela sinon la prémisse du fait de narrer?
L'art narratif apaise justement ce goût profond. Le plaisir de raconter et
d'écouter, c'est de voir se disposer des faits selon ce graphique. A la moitié
d'un récit, on se retourne vers les prémisses et on a le plaisir de retrouver
des raisons, des clés, des motivations causales. Que fait-on d'autre quand on
repense à son passé et qu'on se plaît à y reconnaître les signes du présent ou
de ce qui se passera ensuite? Cette construction donne une substance, une
signification au temps. Et le fait de narrer est en somme seulement le
moyen de le mythologiser, un moyen de lui échapper. (p.266)









