22 juin 2008
Nicolas Grégoire
Arvo Pärt - Alina
Pour Marc Dugardin
décaler
la tête
contre
trop de
mon père
peur d'être
sans prise
le ventre
ou
- peut-être que
tu aurais dû
mettre
autre chose -
les nerfs
comme des aiguilles
Du ! Dein Mutter
ist tot
gorge pleine
obstruée
ou
mimée ouverte
jusqu'à
mordre baxter
avec promesse
de mort
chevaux autour
bière seul
pour forcer
l'air lourd
le crâne
- toujours ça
le crâne -
à coups
de sons
répétés
et le cul
colle
aux chaises
d'une nuit
qui tarde
ça rit
de loin
s'épuiser
vomir
quitter aiderait
si seulement
y avait
assez
(se tirer de, 2008, inédit)
On peut lire également trois textes de Nicolas Grégoire dans le dernier numéro de la revue N4728. Il est d'ailleurs l'heure de s'abonner ou de se réabonner.
Mohammed El Amraoui
Le monde ruine n’est que ruine, dit ma sœur, et fantasme.
un phasme
séjourne sur ma face.
Aimée, aimer c’est mon nom, gravures douleurs très précoces, entends le ciel jacasser, et certitudes meurtrières, dégoulinades rouge pinard, biffures par terre, tertre, registres et choses manuscrites,
Cinquième semaine affleure dans les aisselles de mon chemin
avec des tessons de verre, des débris de machines rouillées. Le ciel,
le ciel
tombe dans une encre de poète et titubant sur ses jambes comme
sur
les échasses d’un alphabet.
(Accouchement de choses, Dumerchez, 2008, p.31 et 34)
18 juin 2008
Florence Pazzottu
Ce n'est pas rien de se prendre la nuit en plein dos.
infernal
Le plus difficile à comprendre, à avaler,
pour qui a affaire à cette obscurité, c'est qu'elle
n'intéresse personne (elle devrait! pensé-je
maintenant que j'ai grandi, assez pour ne plus croire
mienne, étroitement, cette humaine universelle
obscurité); sans doute est-ce pour ça que dans toute
famille naît un jour un enfant dit "infernal",
qui prend sur lui tout l'obscur dont chacun nie l'existence
et qui, du fait de ce déni, insidieusement
contamine tout l'espace, toute relation
possiblement vivants: sur cet enfant, qui venu
de l'obscure le révèle, il ne peut pas en être
autrement, lui qui, sans le savoir encore, mais
avec une intensité, une faim d'exister
qui ne se laisse pas étouffer, cherche un chemin
vivant hors de l'évitement, comme sur celui
qui vient témoigner de l'humaine inhumanité,
de l'anéantissement de l'homme par lui-même,
se reporte, se cristallise tout le déni.
(la Tête de l'Homme, Seuil / Déplacement, 2008, p.36)
10 juin 2008
Jérémy Liron
Samedi, le 17.
La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer pendant des heures personne. (Rilke)
Alors on trace la route, on la vérifie par l’allant qu’elle imprime, en épouse la houle étirée, les bords, les herbes hautes, leur inclinaisons lentes. Trois fois elle semble finir et replonge en se soulevant légèrement. Se dégage à l’oeil dans les cimes l’entonnoir robuste d’un château d’eau, la découpe graphique de ses contours gris. Partout autour, la liquidité des étendues planes, l’impression de dilatation que la perspective enivre. Livre ou tableau, cette dilatation contenue, comme réactivée continuellement en une oscillation ténue.
(le livre l'immeuble le tableau, publie.net / forme brève) 1,30€
08 juin 2008
Sophie G. Lucas
d'une journée cramée regard accablé sur le vol des martinets mains sur les hanches elle là-haut le nez collé n'entends pas pleuvoir les commandes des clients dans son dos flèches dans le ciel nuages percés et courbes des oiseaux tard bien trop tard pour les suivre
l'océan se laisser aller sur le dos battre en silence la mesure des drapeaux qui claquent le parfum des parasols rayures et tissus éponge tartines beurre et confiture de le lait tourné aux coins des lèvres
*
à son retour le silence de la maison de ses voisins du petit arbre de la clôture de la bicyclette la vie seconde adossée là et c'est la panique presque
(Panik, Les éditions Le Chat qui tousse, 2008,p. 9, 11 et 24)
d'autres extraites ici








