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Poésie

30 novembre 2008

Samuel Beckett


Comme ça, c'est comme ça chez ces créatures sauvages et à la vie si brève, par rapport à la mienne. Et cette autre question, qui me connaît si bien, Pourquoi être venu, qui est sans réponse, de sorte que je répondais, Pour changer, ou, Ce n'est pas moi, ou, C'est le hasard, ou encore, Pour voir, ou enfin, les années de grand feu, C'est le destin, je la sens qui arrive, qu'elle arrive, elle ne me prendra pas au dépourvu.

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                                  eau forte / Nicolas Grégoire


Tout est bruit, noire tourbe saturée qui doit boire encore, houle des fougères géantes, bruyère aux gouffres de calme où le vent se noie, ma vie et ses vieilles rengaines, Pour voir, pour changer, non, c'est vu, à en avoir la chassie, ni en mal d'abri, le mal est fait, le mal fut fait, un jour que je sortais, à la traîne de mes pieds faits pour aller, pour faire des pas, que j'ai laissé aller, qui m'ont traîné ici, voilà pourquoi je suis venu.

(Nouvelles et textes pour rien, Les éditions de Minuit, p.118 et 119)

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21 novembre 2008

Stéphane Dussel



Aveugle puisque de tête n'a pas. Un col de chemise termine sa personne. Port d'une tête. Le temps qu'il faut pour franchir chaque mètre, les bras tendus. Descente de la nuit : le silence. Tous muets. Façades sous lune pleine. je tends mes nerfs pour écouter une rumeur de feuillage. Un son subtil, semblable au grouillement. Je ne peux que ressentir un effondrement.

Quelques tentatives.

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Quelques chutes.

Les bras en balancier.
Un cri un grincement une gorge.

Deux bandes de ciment m'écrasent comme une canne et plus vite la peur.

Paysage sous des yeux. Acide humide. Cœur : météore énorme.


(Amarre lente (4); le reste dans l'antre) / on peut aussi rencontrer Dussel ici

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20 novembre 2008

Thomas Vinau



A droite, un monticule de sable tassé par la pluie. Une pelle plantée dans le gravier mordu et un peu plus loin, la gueule rouillée de la bétonnière. Le tuyau d'arrosage, serpent gras à ses pieds, encercle l'arène de la démolition. Des seaux verts, craquelés de ciment mènent jusqu'au seuil blanc des pierres taillées. L'ébarbeuse est posée sur un socle près du bloc de la rallonge orange qui coure à travers les flaques. La poussière de la taille recouvre tout, jusqu'au tas de bûches alignées contre le mur du garage.

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Des brosses métalliques patientent sur les planches gelées de l'échafaudage. Un peu plus loin, sous la bâche, des lignes de tuiles servent d'abris aux souris et aux escargots. Le squelette de la charpente semble frissonner dans le jour qui se lève. Par endroit le fil bleu du maçon a laissé quelques traces géométriques. Sous les parpaings l'herbe ne pousse plus. le provisoire s'est installé, lourd de plusieurs tonnes de matières.

(texte paru une première fois sur le blog de Thomas Vinau)


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12 novembre 2008

Mathieu Brosseau


Masque, masque, masque. Le feu pour sortir de l’autofiction. Se tirer

de là. Pour recevoir l’onction (dit-on). Pour mieux s’absenter,

s’extraire de ça.

 

Les terrassements du vide sont les trous du sens, les possibles, là où

la raison tourne. Car c’est par les possibles que les choix nous

vrillent, nous blind, nous amènent à vous, dehors par dedans et

inversement.

                                                                            Centre_duo    

                 (centre duo / Photo S. Dussel)


Bref, regarde les racines plantées dans les minéraux du crâne, dans

cette gueule-boule-d’os, dans ces gouffres, ces inters secs où la

raison s’effiloche. Allez, regarde les racines, mains blanchement

gantées à cran dans la terre.

 

Ne peut suivre que l’appréciation ! La vue survit le sens, c’est chose

sûre !

 

 

La vie vide apparaît soudainement comme le substrat idéal du

communicant, la terre de sable dans laquelle pousse la fleur, celle-

là. La beauté, seule tentation d’après la fin de tout. Seule

respiration hors-du-monde, les pétales dessinent en leur sein des

géométries qui n’éveillent en retour que mes larmes, moi qui suis

aussi nu qu’excité. Occasion d’être en relation supérieure………….. Moi

qui suis lié par les larmes et la vue à cette végétation isolée, à

cette poussée de l’âme sur le chemin de l’anneau.

.

(Texte inédit / Extrait de La nuit d'un seul / à paraître)

.

Lire Mathieu Brosseau ici ou bien ici et bientôt ici

Sa revue Plexus-S.

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08 novembre 2008

Sereine Berlottier


Seau renversé sur le sol. Claquement des semelles en plastique. Le panier où danse l'anguille. La main de S. La main de S. sur la page et ce qu'elle y fait.

Un homme mendie en langue inconnue.

c'est ça.

Le S. qui écrit. Le S. qui écrit dans la phrase. Une table en plastique bleue. Aveugle. Un autre le guide. Un autre tient le coude et  l'aveugle joue.

[...]

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Peau sur le lait.

Ainsi dans le ciel gris.

Qu'un doigt traverse mais ne touche pas.

LE singe sur la poubelle assis. Un homme secoue son sexe et part en courant. Il y a des bateaux de pêcheur sur la mer.

La phrase.

S. lit. S. et la main de S. sur la page d'un autre cahier.

Nager?

(Chao Praya, Edition Apogée / Coll. La rivière échapée, 2007, p.23 et 45)

*

Bulletin_d'adhésion_2009 à la nouvelle formule de la collection La rivière échappée (migrée chez L'act mem)

De Sereine Berlottier, voir également Ferroviaires.

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05 novembre 2008

Hervé Bauer


          empaqueté dans ma peur-je
          n'arrive pas à déchiffrer sur ma peau
          le date de péremption-je
          me frotte à ta peau éperdue-je
          m'écrie dans la nuit je m'écris
          sur les os que j'enterre je.
          (soussigné)
          me lève d'entre les morts

          et l'éternité me chasse

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          personne
          à l'enterrement de qui.
          a vécu de rien
          'depuis le temps que la mort boit comme un trou'
          absolument personne (à commencer
          par moi)
          à l'enterrement de
              .
         la mort ressuscitée d'entre les vivants

        (Aggravation(s), L'Harmattan, 2008, p. 9 et 41)

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03 novembre 2008

Winfried Veit


« On entretient l’idée qu’on peut penser ce qu’on veut. Mais c’est absolument faux. Si je pouvais penser ce que je voulais, je penserais à des choses beaucoup plus importantes, je découvrirais le principe de la vie, j’aurais une conscience globale du monde. On pense ce qu’on peut, c’est très limité ».    W.V.

(notes prises lors d'une rencontre en 2006)

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                                          Cénacle des gueux II, Huile sur toile 131 X 201 cm, 2008

On peut aller voir, jusqu'au 16 novembre, au Salon Lyon et sud-est (Palais des expositions 18,20 quai Bondy - Lyon 5ème / tous les jours de  14h30 à 19h), plusieurs peintures récentes de Winfried Veit. Devant certaines grandes toiles, aujourd'hui, j'ai pensé aux propos du Diptyque Chaissac de François Bon.


"J'espérais pouvoir avant repiquer de la salade et faire une série de tableaux.


Et qu'il faut prendre au sérieux l'ordre des choses tel que le signifie Chaissac, homme de raison et de poids. Si repiquer de la salade est du même ordre et passe avant l'affrontement même d'une toile, c'est qu'un geste est là de la vie précaire et du rapport préservé à une condition naturelle qui est l'affrontement primordial, que reprend le geste de peindre maintenu en-deça de sa division sociale. Et cela vaut encore, et annihile une approche de Chaissac qui prétendrait soit liquider la peinture parce qu'elle est le fait d'un repiqueur de salade (l'art brut) soit liquider l'homme parce qu'il peignait hors de la figure sociale de la chose (le naïf)."


En effet, plutôt que de jacasser sur la peinture de Winfried, parler de l'amont. Quand Chaissac repique ses salades, Winfried s'attaque à la maçonnerie, finit de monter un mur ou s'occupe de son jardin. Et de la même façon, il s'agit là de gestes élémentaires de la vie précaire. Je me rappelle un jour de février 2007, à Saint-Julien-Molin-Molette où nous avions, tous les deux, monté quelques rangs de moellons, en discutant, pour que le ciment du matin ne prenne pas dans la brouette. Et perché sur le dernier rang, Winfried me racontait cette contrainte qui le tenaille et qui l'astreint au travail: "C'est comme pour la peinture, je ne suis pas bon mais quelque chose me pousse." [...] "J'ai l'impression de racheter quelque chose comme ça".

FB encore qui en découd avec Chaissac:

"Je n'ai jamais hélas pu peindre qu'à la sauvette.

Peut-être encore une phrase-clé, si on la saisit non pas comme option facile du jardinier qui s'amuse avec des pinceaux et veut époustoufler le gogo (avec quelle maîtrise dans le rôle), mais bien comme acceptation presque sereine de l'écrasement de la peinture sous la tâche d'homme, là où elle reste, au village, dans sa dureté d'origine, qui donne force à ce statut d'homme."

[Les citations de GC sont des fragments de lettres ]

WNous y sommes. Le peintre reste au village, ne se retranche pas dans ce mot peintre un peu trop facile. Il reste parmi les gueux. Participe, chaque jour à la ronde (Dans la peinture ci-dessus, on peut d'ailleurs imaginer que l'homme représenté en bas, à gauche, est W lui-même. Une ressemblance, non?) Et quand on connaît un peu le type, on se fait une idée assez précise du sens que peut revêtir cette tâche d'homme, pour lui. (Des pistes ici, peut-être, notamment dans les commentaires)

*

Se souvenir, aussi, que dans les années 80 il travaille avec des détenus aux prisons de Lyon (voir les dessins qui accompagnent dehors / hors de / horde).

***

« C’est très peu ce que nous créons.  Ce qui vient de nous, c’est juste la manière singulière que ça a de nous traverser » W.V.

(notes de 2006)

***

A lire aussi, sur remue.net

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02 novembre 2008

(mises à jour)


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feuilleter les premières pages

une lecture par Sereine Berlottier, ici (bas de page)

***

et sur remue.net: Miettes &

ombre

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