26 mai 2009
Bruno Fern
au
mot près
à Geoffrey Hill
des
copulations de grenouilles :
voilà que nous sommes
tombés
en plein dedans, ni intrus ni vraiment à notre place – ce qui laisse une
impression difficile à dépasser, un décalage permanent, pas seulement entre les
paroles et les gestes ;
d’autres
ont des phrases sûres de leur coup ils enchaînent à la perfection qui n’est pourtant
pas de ce monde rectifient (avec raison) en coagulations
savent
au nom de qui faire couler la circulation sanguine ses limites qu’ils excèdent
allègrement
faut
dire que l’engendrement n’est pas leur truc : spécialistes de la
déliaison, promoteurs cool de quartiers pour seniors, etc., ils laissent des
traces les suivent s’écartent toujours plus
loin
des marais fendent
l’air
et les crânes depuis des siècles parfois une voix s’élève à hauteur variable
une
gueulante
composée
(texte inédit, extrait de Livres)
*
Bruno Fern est l'auteur de Cheval porteur. Des textes sont également parus chez remue.net.
Enfin, lire un article de D. Quélen à propos de Cabine double.
19 mai 2009
Roger Lahu
C'EST DÉCIDÉ
dessiné aussi (à traits frustes)
décimé (en comptant
jusqu'à un vague dix
malhabilement
sur ses doigts) :
(soleils crevez
vous les yeux
trop de lumière nuit
à ce noir qu'il faut
pour que ça se voit petit peu les photons
mesquins
des jours après les jours )
je vais me désapprendre
à branle bas mon corps
et biens mal acquis
-oh biens de peu biens qu'on dira par joke borions
comme abolis
avant même qu'eus -
hypothèques hypothèses ? Quelque chose
« dans ces goûts là » (aigre-doux)
c'est pour de jeu de semblant
mais ça ne compte pas cependant (et tous pendus
annexes)
(aux langues bleues) (et sexes roidis – in extremis )
pour du beurre
on verra
verra bien
temps sans prix bien fixé arrêt sans images stables
c'est
« comme ça »
C'EST FAUX TOUT FAUX
longue lande lasse des demains
mains crispées sur la faux
je m'aperçois toujours trop tard
sans vraie angoisse
ni poire pour mes sécheresses intestines
« t'as tout faux » c'est tout ce que je me susurre
comme découragements
façon de stimuler simuler
Roger Lahu par Noa (bibliothèque de la Part-dieu,13mai 09)
ET PÜIS ON FINIT TOUJOURS PAR APPRENDRE
par un hasard hasardeux
que très loin quelque part près d'un fleuve
son nom propre
signifie
« bonne viande de tigre rôti »
et aussi veut dire autre chose
sur l'autre rive
du même fleuve
et qu'on a ses propres langues
et écritures
ça donne envie
de rugir d'une joie
momentanée
une joie assez propre
pour être
mentionnée
même au bord de sa propre
petite rivière sans grand courant
(Textes inédits, extraits de 8 blues arythmiques, avril 2005)
17 mai 2009
Publie.net / deux textes
A découvrir, deux textes forts, chez Publie.net, l'un de Cécile Guivarch, coups portés, l'autre de Nicolas Grégoire, boucle ça. Tous deux présents sur mots_tessons, depuis longtemps. Des extrait de ces textes, dans leurs versions de travail, sont d'ailleurs en ligne ici et là.
Deux écritures sèches, chacune à leur façon. L'une faisant bloc, l'autre s'étirant sur la page, toutes deux cherchant, toutes deux bégayant, toutes deux visitant la solitude et les liens familiaux, là où ils sont les plus compliqués. Et par cette exploration, tenter de s'y retrouver, de tenir le coup...
On n'en dit pas plus, il faut aller voir.
15 mai 2009
Claude Favre
(cliquer sur les textes pour agrandir)
(Texte inédit, extrait de 440 chameaux pour 17000 livres)
13 mai 2009
Mathieu Brosseau
Tu
as vu qu’il était un silence majeur, une mélodie de l’action qui se parfait, tu
vois maintenant qu’il est un amour, un allant contre lequel je ne saurais
lutter, même dans l’attaque des empires, l’être se déforme dans les actions de
l’esprit vengeur, l’être s’accoquine avec les dépravations autant qu’il aime à
se mouvoir dans la joie, il me faudrait te dire l’essence de l’amour à jamais
renouvelé entre les peaux, le museau de l’animal flaire le genre comme la peur,
son museau précède ses yeux imparfaits, l’animal pense réagir, on croit que l’animal
réagit alors qu’il est cohabité, on le croit cohabité, longtemps j’ai craint la
possibilité de la devenir, quoi ?, la peur, à marcher par mes mains, tic, tac,
longtemps j’ai cru qu’il fallait
revenir à terre pour mieux la sentir, je lèche la terre, le sol, les trottoirs, je lèche la ville, les faubourgs, longtemps j’ai crû entrevoir un semblant de schéma éthique à réétablir et fondé sur son absence, tu souffles un coup dans le noir de ton ombre et tout se transporte loin d’ici, dans l’ombre d’un autre, tu vois, une éthique de l’inhumain, je te sens dans ton ombre, tu es tous les hommes dans leur nombre, tous les hommes me parlent, les ombres communiquent, et tu crois que c’est dans le marc de café, tic, tac, ça s’appelle une idée projetée, à moi aussi, il m’arrive d’imaginer, d’ailleurs : longtemps j’ai imaginé qu’en m’abaissant, les hommes n’iraient pas me marcher dessus, mon ombre a depuis longtemps décidé de ne plus s’inscrire, seule dans la cachette du soleil, tic, tac, on n’y voit rien…
(extrait de Uns, texte inédit)
Et pour ceux qui ne l'auraient pas lu, un entretien avec Mathieu Brosseau, paru sur remue.net.











