08 octobre 2008
Fred Griot
• sous la lampe le petit disque jaune-maigre sur le bois mat de la table sous la lampe le silence tout autour le silence posé sur la po la table qui craque le silence sur la po assis table la parol sourd à nouveau la parol peu à peu couchée la parol là sur la table la parole couchée allongée je plonge ferme les yeux je mets la lang dedan le corps apaisé et apaisé
• la nui dehors la nui bouchée contre la fenêtre il ne se passe plu rien dan la cabane presque plu rien un craquement sous le plancher une souris un insecte peut-être le bouilli dan la bouilloire le vent contre le toi la parole couchée presque éteinte presque encore trop de bruit cette parol là qui craque sur le bois sur la table
(La plui, publie.net, 2008 p.41 et 42 / et depuis aux ed. Dernier Télégramme)
voir aussi sur son parl et refonder / visions / plateau sur publie.net
01 octobre 2008
Ralentis / le blog de R.F.
allez voir!
Je commence à croiser des heures inconnues, me dit-elle dans la voiture, je n'ai plus vraiment besoin de partir, je sens que les mouvements se déposent en désordre, je les sens bien, je n'ai plus peur de les perdre puisque je n'essaie plus de les suivre.
30 septembre 2008
Arnaud Maïsetti
Moi je parle du temps nu et vide qui n’a rien à
faire passer ; même le passé, alors, n’existera plus. Remplacer le temps
comptable en temps nu et vide, plein de l’expérience du temps sans nulle autre
pensée, et voir l’espace devenir le temps, le long des lignes d’une voix, suivre
la trace du temps qui n’accomplit rien pour une fois, voilà le miracle – et
voilà l’intention. Le silence ne se laissera pas arrêter sans se débattre, et
sans hurler à l’aide. Je ne demanderai pas de l’aide.
Et même si demain l’on s’approchait de mon corps, de mon corps encore vivant, chaud et allongé sur le trottoir, et crachant peut-être la solitude et le froid, je me relèverais et je repousserais la main. Je n’ai pas besoin d’aide. Dans la ville, sur les trottoirs, quand je suis là, c’est que le froid du sol me comble, me traverse de part en part : m’inonde, me donne, lui, toute l’aide nécessaire.
(Où que je sois encore, Seuil / Déplacements, 2008, p. 106)
voir aussi Persona_production ou Contretemps.
28 septembre 2008
Fabienne Swiatly
Dans la rue, je marche vite, je traverse la foule avec autorité. quelques verres de gin ont réveillé ma toute puissance créatrice. La mort en oublie d'être effrayante. Je me promets d'écrire là-dessus. Je mâche avec excitation les mots du chef d'œuvre à venir. Le lendemain, je constate que j'étais bourrée, un point c'est tout.
J'évite les boissons sophistiqués, les cocktails, les mélanges prêts à boire, les pailles aux embouts mobiles, les cuillères fluos, les décorations en papier, les rondelles de fruits. L'alcoolique se fiche des apparats. J'aime boire sobrement. Le comble.
Et pourtant, détester boire dans des verres en plastique.
.
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J'apprends à négocier avec l'alcool. Plus d'alcools forts, plus d'alcool le midi, plus d'alcool avant 19h, beaucoup d'eau. Je sépare le verre et la bouteille. Je mets une distance, je brouille les pistes. Je fais ce que je peux.
(Boire, Ego comme X, 2008, p.64 et 83)
10 juin 2008
Jérémy Liron
Samedi, le 17.
La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer pendant des heures personne. (Rilke)
Alors on trace la route, on la vérifie par l’allant qu’elle imprime, en épouse la houle étirée, les bords, les herbes hautes, leur inclinaisons lentes. Trois fois elle semble finir et replonge en se soulevant légèrement. Se dégage à l’oeil dans les cimes l’entonnoir robuste d’un château d’eau, la découpe graphique de ses contours gris. Partout autour, la liquidité des étendues planes, l’impression de dilatation que la perspective enivre. Livre ou tableau, cette dilatation contenue, comme réactivée continuellement en une oscillation ténue.
(le livre l'immeuble le tableau, publie.net / forme brève) 1,30€
19 mai 2008
Fabienne Swiatly
J'aurais pu cerner ma peur avec quelques adjectifs
J'aurais pu noter que je pensais à un livre avec pour titre Mettre au monde
J'aurais pu noter la visite à Medhi et Nassera au centre de rétention de Satolas
J'aurais pu noter mon émotion à entendre le cri strident des oiseaux matinaux.
Oiseaux que je ne sais pas nommer
J'aurais noter mon étonnement que plusieurs jeunes de 15 ans souhaitaient être placés.
J'aurais pu noter la crasse du commissariat et l'impuissance d'un flic face à des parents.
Et ces mots qu'il ose dans le commissariat :
on vous ment sur ce qui se passe chez les flics.
J'aurais pu noter, noter, noter dans l'étrange dilatation du temps de l'attente.
Mais je n'avais plus les mots.
Lire ici le reste de ces notes / Gîte d'étape
On retrouve aussi Fabienne Swiatly sur Publie.net
27 janvier 2008
Claude Favre / Jacky Essirard
Sournoiserie des voix un homme un autre s'adressent des signes serait-ce une fugue
ou l'une des formes brèves du paradoxe
non un chemin de hareng rouge ils se lèchent les babines je vois bien et criblée fichée au corps la muerte seule
(Sang. S, L'atelier de Villemorge, nov. 2006, 15 exemplaires accompagnés de 4 linogravures de J. Essirard).
16 novembre 2007
Jane Sautière
Les lieux de ce travail, les maisons d'arrêt, la vieille, la neuve. Celle-ci, ni rat, ni poussière, confite dans son béton, plus impitoyable que l'autre. Les banlieues, à parcourir en tous sens, à chercher des bus qui ne passaient jamais. Le service d'accueil des sortants de prison sans domicile, un entresol, entre la maison d'arrêt et l'asile psychiatrique, entre deux vins, entre deux maux choisir le pire. Ces lieux peuplés de vous, de vos histoires. Ce que la mémoire refuse de garder et que l'écriture refuse de délivrer.
Une façon de vivre aussi, de regarder le monde. De regarder comment ça broie une vie, comment cela se confectionne un destin, ce qui ne se commande pas. L'injustice, oui, l'injustice, mais aussi l'impuissance.
La peur de toutes ces violences mises bout à bout. La vôtre aussi, elle m'irradie encore. Je ne peux pas être dans la rue sans savoir, sans guetter, sans me préparer à esquiver vos crocs et vos becs. tout est à craindre, tout le temps, et de tous, puisque, précisément, il n'y a pas de monstres.
(Fragmentation d'un lieu commun, Verticales, 2003, p. 9 et 10)
09 août 2007
Emmanuelle Pagano
La nature c'est comme le reste, c'est pas plus beau ni plus pur qu'une ville, que les zones commerciales ou les zones industrielles, que les éoliennes hautes et arrogantes au-dessus des épicéas. Des fois, même la nature elle est comme ça énervante et neurasthénique, à l'automne si moche et sale, boueuse et collante au printemps quand la neige poisse, arrogante avec le soleil intact de l'hiver, et ridicule si verte l'été. Pénible, ennuyeuse, comme tout le reste. Si pourtant le plateau me vient souvent autour de moi si beau, c'est juste parce que j'y vis.
C'est bête mais magnifique est l'endroit où on vit, ça dépend de comment on se lève, comment on regarde au-dehors, ça dépend de si on regarde. Il y a des jours, des matins ou des nuits, où le temps dans le paysage, où l'air dans les arbres est exactement, presque trivialement, en accord avec le temps dans notre corps, l'air dans notre humeur, on est maussade et dehors aussi, l'humidité se palpe de partout, de nous jusqu'aussi loin là-bas, où ne voient pas nos yeux, puisque le crachin nous interdit de voir.
(Les Adolescents troglodytes, POL, 2007, p.61)
03 mars 2007
Voir à rallonge
Sur son étal en désordre, il ne reste que deux ou trois pouffres de roc, ces grands poulpes morts qui me font rêver. Certains endroits de leurs corps sont plus secs que d'autres, certains tentacules sont recroquevillés, froissés. leurs ventouses ont retenu un peu de mer et ça sent fort. Je voudrais les dessiner, mais on n'y voit pas grand-chose, et il fait si froid.
D'ailleurs je ne sais pas comment restituer l'odeur, et puis je vais m'embêter avec les reflets sur la peau, qui forment sur les fronces des tentacules comme des corps d'étoiles mortes. Il faudra que je freine une envie de lécher la chair flasque, pour que tous mes sens participent à ma curiosité, ce besoin de voir à rallonge. Je n'ai pas envie de me faire remarquer. J'aime tellement explorer tout ce qui se présente à moi, ça me ramène à ma mère, mais j'ai un peu honte, alors juste je regarde.
(Pas devant les gens, Emmanuelle Pagano, p.46)














