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Poésie

27 janvier 2008

Claude Favre / Jacky Essirard


                    Sournoiserie des voix un homme un autre s'adressent des signes serait-ce une fugue

ou l'une des formes brèves du paradoxe

                  non un chemin de hareng rouge ils se lèchent les babines je vois bien et criblée fichée au corps la muerte seule

JE

Sang_S

(Sang. S, L'atelier de Villemorge, nov. 2006, 15 exemplaires accompagnés de 4 linogravures de J. Essirard).

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16 novembre 2007

Jane Sautière


Les lieux de ce travail, les maisons d'arrêt, la vieille, la neuve. Celle-ci, ni rat, ni poussière, confite dans son béton, plus impitoyable que l'autre. Les banlieues, à parcourir en tous sens, à chercher des bus qui ne passaient  jamais. Le service d'accueil des sortants de prison sans domicile, un entresol, entre la maison d'arrêt et l'asile psychiatrique, entre deux vins, entre deux maux choisir le pire. Ces lieux peuplés de vous, de vos histoires. Ce que la mémoire refuse de garder et que l'écriture refuse de délivrer.

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Une façon de vivre aussi, de regarder le monde. De regarder comment ça broie une vie, comment cela se confectionne un destin, ce qui ne se commande pas. L'injustice, oui, l'injustice, mais aussi l'impuissance.
La peur de toutes ces violences mises bout à bout. La vôtre aussi, elle m'irradie encore. Je ne peux pas être dans la rue sans savoir, sans guetter, sans me préparer à esquiver vos crocs et vos becs. tout est à craindre, tout le temps, et de tous, puisque, précisément, il n'y a pas de monstres.


(Fragmentation d'un lieu commun, Verticales, 2003, p. 9 et 10)

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09 août 2007

Emmanuelle Pagano



La nature c'est comme le reste, c'est pas plus beau ni plus pur qu'une ville, que les zones commerciales ou les zones industrielles, que les éoliennes hautes et arrogantes au-dessus des épicéas. Des fois, même la nature elle est comme ça énervante et neurasthénique, à l'automne si moche et sale, boueuse et collante au printemps quand la neige poisse, arrogante avec le soleil intact de l'hiver, et ridicule si verte l'été. Pénible, ennuyeuse, comme tout le reste. Si pourtant le plateau me vient souvent autour de moi si beau, c'est juste parce que j'y vis.

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C'est bête mais magnifique est l'endroit où on vit, ça dépend de comment on se lève, comment on regarde au-dehors, ça dépend de si on regarde. Il y a des jours, des matins ou des nuits, où le temps dans le paysage, où l'air dans les arbres est exactement, presque trivialement, en accord avec le temps dans notre corps, l'air dans notre humeur, on est maussade et dehors aussi, l'humidité se palpe de partout, de nous jusqu'aussi loin là-bas, où ne voient pas nos yeux, puisque le crachin nous interdit de voir.

(Les Adolescents troglodytes, POL, 2007, p.61)

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03 mars 2007

Voir à rallonge


Sur son étal en désordre, il ne reste que deux ou trois pouffres de roc, ces grands poulpes morts qui me font rêver. Certains endroits de leurs corps sont plus secs que d'autres, certains tentacules sont recroquevillés, froissés. leurs ventouses ont retenu un peu de mer et ça sent fort. Je voudrais les dessiner, mais on n'y voit pas grand-chose, et il fait si froid.

photos___Mimizan_562R
                                                                            photo a.d 06


D'ailleurs je ne sais pas comment restituer l'odeur, et puis je vais m'embêter avec les reflets sur la peau, qui forment sur les fronces des tentacules comme des corps d'étoiles mortes. Il faudra que je freine une envie de lécher la chair flasque, pour que tous mes sens participent à ma curiosité, ce besoin de voir à rallonge. Je n'ai pas envie de me faire remarquer. J'aime tellement explorer tout ce qui se présente à moi, ça me ramène à ma mère, mais j'ai un peu honte, alors juste je regarde.

(Pas devant les gens, Emmanuelle Pagano, p.46)

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13 février 2007

Jean Daive


photos___Mim328
                                                           photo a.d06

                        Les hommes marchent dans la colline.
                        Cherchent les hommes.
                        Les pieds n'ont pas d'empreinte.

                        L'enfant au sourire caché
                        met Dieu
                        dans le trou noir des visages.

                        (Le Retour passeur, POL, p.28)


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16 janvier 2007

Jean-Claude Bourdais

Et la mer disait...

(Chambelland, 1988)



La mer roulait ses vagues, l'amour creusait son gouffre
Et la mer disait:
On ne peut pas t'aimer puisque tu ne veux pas aimer,
chaque seconde te fera chuter plus encore,
le silence des autres te tuera
car tu n'écoutes pas...

Et la mer disait:
Tu demandes trop:
tu n'auras que le vent dans ses cheveux
la trace de son corps dans le pli des draps
l'odeur de son cou sur tes joues
le froid de ses mains dans les tiennes...

Et la mer disait:
Ne reviens pas en arrière,
tourne en rond dans ton désert,
je suis haute, je suis pleine,
je taperai sur la digue jusqu'à la nuit des temps...

Et la mer disait:
N'aie pas peur,
ta vie n'est même plus à perdre...

[...]

photos___Mimizan_474__

                                                              photo a.d 2006

Il reste debout
noir d'écume   blanc de rage

Et la mer disait:
Tu alignes les mots sans savoir ce qu'ils mentent
tu joues avec eux comme les gens avec toi,
tu crèveras de ne te reconnaître nulle part
dans tout tes miroirs...

Et elle disait:
Ne te cherche pas en moi,
tu ne trouveras que...


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11 octobre 2006

Zéno Bianu

Le ciel intérieur, Fata Morgana


ODE AU FEU TRANSFORMANT

...comme il est singulier
qu'en voulant la libération,
on tremble devant elle.

Ashtâvakra Samhitâ

tant  et si longtemps
que les corps brûlent

que les morts ont un visage
de silence tremblé

tombée d'esprit
parole effondrée


Homme_qui_marche_1_2
                  photo a.d / Fondation Maeght, avril  2006


tant et si longtemps
que le fleuve roule et déroule
sental et bouse

lait caillé chair brûlée

fleur d'os
aum et amen




tant et si longtemps
qu'il rend les morts au secret du monde

tisseur d'éternités

ciselant
sa houle
comme un tatoueur de temps

il saisit l'orée
et le déclin des êtres

empoigne ce qui fuse
assourdi
sous la suie

accueille
la pluie d'offrandes

Homme_qui_marche_2_2
         photo a.d / Fondation Maeght, avril 2006 

[...]

un enfant au sang de lait sombre
sème des torches
dans le sans-fond

dans le vide à vif
où vont les corps pétris de nuit

où vont les corps meurtris de joie

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07 octobre 2006

Germination

"Depuis que nous parlons ensemble, nos visages ont changé" (MthP)


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21 août 2006

Le pépé du jardin

The_Battle_of_Anghiari__LEONARDO_da_Vinci_

Il tousse. Sa voix minuscule prend un peu de volume. Maintenant je le vois mieux, de près et plus attentive. Il s'est redressé, les deux mains noueuses et les ongles noirs sur sa canne. Son visage est tellement ridé, sa peau est grenue, on dirait qu'il est fait de gravier, les mains plus chagrinées que des coquilles d'escargots, le visage troué. Ses yeux (des trous) sont exigus dans ce gravillon, perdus, comme des yeux de forêt, à peine visibles. Il est très vieux, d'une vieillesse indécente, démesurée. Il est moche et sale. Ses habits sombres l'enfoncent plus encore dans le début de nuit. [...] je me demande comment son visage tient et retient encore, si près des os, cette peau de joues mâchées, ses lèvres maigres.

Emmanuelle Pagano, le Tiroir à cheveux, POL, p.89

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18 août 2006

Race - Track - Blues / Tchangodeï

Race - Track - Blues
Vidéo envoyée par mots_tessons

si tu n'as pas
connu l'usure
de l'infernale
attente

ce vertige
à voir la soif
ne susciter
que désert

si tu n'as pas
vécu la séparation
comme une hémorragie

n'espère pas
desceller
ton visage

recevoir
ta liberté
des rigueurs
de la loi.

( Charles Juliet)


Site de Tchangodeï

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