10 décembre 2008
Charles Juliet
ma hâte
à te rejoindre
à te rejoindre
et te recevoir
te faire don
de ce qui m'est advenu
à retrouver la mémoire
que me tendent
ton regard et tes mots
et toi
tu es aussi la rue
la foule la ville
ces places et ces avenues
ces boulevards
un café où nous devisions
ces heures trop brèves
où l'échange efface le monde
nous mêle l'un à l'autre
fait grandir la vie
savoir donner
savoir recevoir
être délivré
de la peur
(Trois poèmes par Charles Juliet, fernbanck studio, Wellington 2004 / 75 exemplaires)
14 janvier 2008
Charles Juliet
Ils attendent.
C'est le deuxième jour.
L'homme ne devrait pas tarder, mais il reste peu d'espoir. La veille, les hommes du village avaient constitué deux groupes. Le premier s'était rendu à la rivière - une rivière aux eaux profonde et en amont du barrage, large d'une centaine de mètres. Les second groupe avait cherché dans les granges, les maisons en ruines, dans ce bois où à l'automne le cantonier s'était pendu.
Au retour
de l'école, l'enfant avait
englouti sa tranche de pain et son sucre,...
C'est le soir
du troisième jour.
L'enfant a besoin d'un mouchoir qui se trouve dans la pièce voisine où il n'ose aller. il ne peut toujours pas parler à la mère, ni lui demander ce petit service. D'ailleurs, même s'il le pouvait, il s'en abstiendrait. Il veille à a cacher qu'il est en permanence dévoré par la peur.
(La Fugue, mise en livre et eau-forte d'Anik Vinay, Atelier des Grames, dec. 2007)
13 août 2007
Charles Juliet
Là où le centre devient ce cercle qui ne cesse de croître, je n'y suis jamais parvenu. Et si je me connaissais, je conviendrais qu'il ne peut en être autrement. Mais aujourd'hui, je voudrais me mettre en marche, je voudrais essayer de me mettre en marche. Ce n'est pas une mince affaire. Souvent la voix radote, égare l'oeil, lui livre une fausse lumière, et il y eut tant de départs manqués, de vrais départs et de fourvoiements, de regrets et d'abandons, de reprises, de retours furtifs, de nuit, tête basse, loins du chemin du retour.
Et si seulement je pouvais ne pas avoir à me lever. Si je pouvais en finir d'avoir à commencer. Car je n'ai pas la force. Je suis grand, vif, costaud, coriace, plein d'énérgie, mais je n'ai pas la force. Et aujourd'hui, alors que je veux me mettre en route, sans d'ailleurs savoir où aller, ni par quels chemins, ce qui semble évident, ni dans quels buts, ni pour quels motifs, ce que je vois, c'est une falaise.
(Fragments, L'Aire, 1973, p. 161)
18 mai 2007
Charles Juliet
Ces bruits du monde extérieur
(ed. Sabar, 2005, 20 ex. numérotés accompagnés d'une photographie originale de Marc Gourmelon)
Ces bruits du monde extérieur, qui vous déchirent l'âme. Vous expulsent de vous-même. Vous jettent sans ménagement au sein d'une réalité qui prend pour un instant des allures de cauchemar. Tout est anéanti de ce qui vivait en vous, et vous êtes là, hébété, à attendre que prenne fin l'ébranlement que vous venez de subir. Quelques chose comme un meurtre a été perpétré, et il vous faut en hâte mais de mauvais gré réintégrer un univers où tout paraît hostile.
Et au dedans, bien souvent, ce bavardage qui n'en finit pas. Mêle en un seul flux des bribes de soliloques aux sources fort différentes. Mais parfois - trop rarement, trop rarement - les bruits se taisent, le bavardage cesse, et un étrange silence survient. Ce silence, rien ne pourrait le faire naître, et vous ne saurez qu'il a éclos que lorsqu'il aura pris fin. L'être n'est plus scindé par ce regard qu'il porte sur lui-même. La paix est là, un accord, un ineffable bien-être, et l'espace intérieur est considérablement dilaté. Transparence, liberté, sensation de coïncider avec soi-même. Secrète, une voix parle. En réalité, elle n'est qu'un simple murmure, des plus ténus, mais aux paroles distinctes et qui forcent l'écoute. Qu'elle dicte ou non une note, un poème, cette voix éclaire, nourrit, énonce ce qui un temps va calmer la soif.
(Ce texte est paru une première fois (à un mot près*), 17 ans plus tôt, dans le N°8 de la revue Recueil, en 1988 -p.76- précédant un bon texte de J-M. Maulpoix, La langue coupée, qui commence ainsi: "L'on me demande souvent à quel moment j'ai commencé d'écrire. Je suis tenté de répondre: après m'être coupé la langue...")
*Dans la version de 1988 on trouve "...un étrange silence s'établit" au lieu de "un étrange silence survient".
04 mars 2007
une lumière
qui s'enrichie
de tout
ce qu'elle engendre
*
purifiée par l'oeil
la flamme s'élève
ne cesse de grandir
*
sous une blonde
lumière de printemps
la brise s'ébroue
dans tes feuilles
*
rien ne peut
déraciner
ta lumière
la nuit
ne sera plus
ta prison
*
ton oeil a creusé
le lit où maintenant
courent tes eaux
14 novembre 2006
Fred Bonna et Charles Juliet, le 8 nov.06 / photo a.d06
Le 8 novembre, avant que Lambeaux ne soit joué au théâtre de Venissieux, Charles Juliet venait évoquer son parcours et lire quelques poèmes. Lecture poignante. La voix sourde et pausée qu'on lui connaît. La voix accordée à ce qu'elle dit (voir son extrême sensibilité aux voix). Lecture en toute simplicité, en offrande.
L'opulence de la nuit, dernier livre de Charles Juliet (qui sortait ce jour-là), en plus de textes assez récents, regroupe bon nombre de poèmes déjà parus dans des livres rares et peu connus (chez l'atelier des Grames, Les classiques du grand pirate ou chez Jean-Pierre Huget éditeur - Carnet des 7 collines).
Certains ont affirmé que ce livre n'apportait rien à l'oeuvre de CJ. Tout y aurait déjà été mâché et remâché (voir la note du 8 nov. 2006 dans le journal de Jean-Claude Bourdais). Je ne suis pas tout à fait d'accord. Le premier intérêt de ce livre est, bien sûr, de permettre l'accès, à chacun, à des textes rares. De plus, si les thème sont récurrents, c'est évident, ce qui change fondamentalement dans ce livre, c'est le rapport de l'auteur à ces thèmes. Son rapport à sa propre souffrance. Charles Juliet nous donne à voir la distance entre lui et ce qui l'a harcelé durant des années. C'est le prolongement d'une trajectoire singulière. Une lecture peu attentive laisse penser qu'il fait du Best of, du réchauffé, et, qui plus est, du mauvais réchauffé puisque ça semble plus amortie, moins incisif qu'auparavant. Mais, CJ ne se complait pas dans son style. Il ne se contente pas de s'imiter lui-même en déclinant à volonté "ses" thèmes dans la forme première de son écriture. Il reste donc très près des axes fondateurs, mais le regard est neuf.
Finalement tout est là, déjà là, il n'invente rien donc, si ce n'est son regard sur ça.
Et comme le précise Marie-thé en commentaire: "C'est cela qui a changé : il a retrouvé une forme de joie qui ne l'abandonnera plus quelles que soient les épreuves à traverser."
J'ai choisi les textes suivant en guise d'exemples. Le premier est extrait du recueil L'oeil se scrute. Le second, du dernier recueil publié. thème identique: la fouille en soi. Elle est toutefois appréhendée de manière fort différente. Douloureuse fouille dans les méandres de soi, véritable travail de forage, dans l'extrait du premier recueil. Puis, dans le second texte, errance interne, délivrée de toute angoisse. Le socle est posé. bien-être.
L'expression joie grave que propose CJ me parle beaucoup.
brisures les longues pluies
d'automne
arrachement qui me coupent
du monde
saccages
et remontant journée de silence
dans ta grotte et de bien être
en deça
de ce dont l'oeil fouille
je procède l'interne
parmi trouvant
granits et quelques pépites
porphyres
j'entreprends
ma genèse (Eclats, in L'opulence de
la nuit, POL, p.79)
tente
d'engendrer
la sphère
qui m'engendra
(L'oeil se scrute
in Fouilles, POL, p.120)
13 septembre 2006
Les livres moins connus de Charles Juliet (3)
Ferveur
(Ed. Maeght, 1998)
Les brefs poèmes de Charles Juliet sont accompagnés par deux lithographies originales, très épurées, de Soufan Oh
Ce livret a été tiré à 120 exemplaires
06 septembre 2006
Les livres moins connus de Charles Juliet (2)
Quatre beaux livres de Charles Juliet sont parus chez l'Atelier des Grames. Un cinquième est en préparation.
Ce foyer secret
(1994, 49ex.)
Imprimé en Bodoni sur papier chataigne du Moulin Larroque
(Frontispice de A. Vinay)
La traversée
(1999, 49 ex.)
Imprimé en Bodoni sur papier poivré du Moulin Larroque


Te rejoindre
(2002, 102ex.)
Imprimé en Garamon sur pur chiffon du Moulin Larroque

couverture ornée d'une eau forte de A.Vinay

Je t'ai cherchée
(2004, 104ex.)
Imprimé en Bodoni sur papier Nepal

en couverture, un bois gravé de A. Vinay

23 août 2006
Les livres moins connus de Charles Juliet (1)
La lente montée
(ed. UNES, 1984, 33ex)

















