01 avril 2009
Patrick Dubost
) séquoias ( ) le soleil et les ombres déjà ( ) le marais n'a pas d'autres solutions que ( ) de l'eau jusqu'aux genoux ( ) deux kilomètres environ ( ) les joncs ( ) débris flottants ( ) rangers en progression sous-marine et je n'oublie jamais, dans ce contrepoint ( ) car la fatigue structure là où tout fuit ( ) quelques regards vers les toits rouges (
photo Nicolas Grégoire - Rwanda
) jambes noyées sous la boue ( ) tous mes gestes me rapprochent de la surface glauque ( ) de l'eau jusqu'à la ceinture maintenant ( ) désordre gobé par le calme ( ) les toits rouges dépassent encore au-dessus des joncs (
) de la boue, de l'eau et du sable ( ) à hauteur de poitrine ( ) je respire difficilement ( ) ne plus bouger ( ) les joncs s'inclinent (
*
( ) le corps du paysage ( , la rumeur libre, 2008, p. 19 - 20)
Site de P. Dubost
23 mars 2009
Patrick Wateau
La crainte que nous éprouvons dans l'obscurité, est la véritable obscurité. (Celle qu'il faudrait enfermer dans une boîte avec quelques rayures d'aiguille.)
Personne ne conteste que la direction du vent appartienne uniquement au vent. Pourtant le monde est plein d'histoires sur ce mystère.
Ecrire dans la langue de la diminution (perdendosi, diminuendo) avec rien. Pas même le pur disparaître de l'anonymat.
Le vent, souvent. Soulèvement de la neige par le vent et bourrasque des choses, à cause du point d'attache du dehors qui se désorganise lui-même intérieurement.
Pourtant, à ce moment, chaque chose fait connaître sa nécessité, moindre chose du monde, comme s'il ne restait plus, pour ramener la blancheur au niveau des deux branches, qu'à incliner le ciel en maintenant la petite branche au-dessus de la grande.
(Docimasie, José Corti, p.21 et 35, 2001)
02 octobre 2008
Seyhmus Dagtekin
Tandis que je mange la terre
La terre me recrache
L'eau me démange
Pour remonter à nos frémissements
Premiers
Comme ce liquide qui passe
Sans s'arrêter à ses tourbillons
/
Toi aussi, laisse-toi aller
Et goutte
Goutte à cette douceur
Avant qu'un crapaud ne t'avale
Avant qu'une mouette
N'avale le crapaud
Dans le sable mouvant de la langue
De même qu'ils marchent sur l'eau
L'eau les fauchera dans leur marche
(Au fond de ma barque, L'idée bleue, 2008, p.33)
08 juillet 2008
Guy Goffette
Dimanche de poisson
Et puis un jour vient encore, un autre jour,
allonger la corde des jours perdus
à reculer sans cesse devant la montagne
des livres, des lettres ; un jour
propre et net, ouvert comme un lit, un quai
à l’heure des adieux- et le mouchoir qu’on tire
est le même qu’hier, où les larmes ont séché
-un lit de pierres, et c’est là où nous sommes,
occupés à nous taire longuement,
à contempler par cœur la mer au plafond
comme les poissons rouges du bocal,
avec une fois encore
tout un dimanche autour du cou.
(Le pêcheur d'eau, Poésie / Gallimard, 2007, p.21)
(à FS, merci pour le coup de boussole!)
03 juillet 2008
Juan Gelman
commentaire XXIII (saint jean de la croix)
cette blessure de toi / plaie / lumière
comme créature blessée
ou peine de toi qui vis-meurs
jusqu'à la tuer la faisant
bonheur de toi encielant les furies / palais
où ma langue est collée
comme langue de toi / terre où
tu pousses comme douceur / toi
qui m'as commencé je veux que tu m'achèves
au beau milieu de toi / pays / refuge
où passe toute vie / frémissement
qui me fait frémir en toi / clair de feu
commentaire LXIII (van gogh)
comme écrivant des lettres
au silence / demandant la
misère n'a-t-elle plus de
fin? / un couteau la coupera-
t-il jamais / splendeur / mouette qui
la traversait comme ciel /
faisant s'ouvrir l'air afin que
pénètre ta visitation /
douce de toi / et sans souffrance/
ou ce qu'endure la nature /
animal désaccoutumé /
que tu touches de ta grandeur?
(L'opération d'amour, Gallimard / du monde entier - trad. J. Ancet, 2006, p.51 et 98)
18 juin 2008
Florence Pazzottu
Ce n'est pas rien de se prendre la nuit en plein dos.
infernal
Le plus difficile à comprendre, à avaler,
pour qui a affaire à cette obscurité, c'est qu'elle
n'intéresse personne (elle devrait! pensé-je
maintenant que j'ai grandi, assez pour ne plus croire
mienne, étroitement, cette humaine universelle
obscurité); sans doute est-ce pour ça que dans toute
famille naît un jour un enfant dit "infernal",
qui prend sur lui tout l'obscur dont chacun nie l'existence
et qui, du fait de ce déni, insidieusement
contamine tout l'espace, toute relation
possiblement vivants: sur cet enfant, qui venu
de l'obscure le révèle, il ne peut pas en être
autrement, lui qui, sans le savoir encore, mais
avec une intensité, une faim d'exister
qui ne se laisse pas étouffer, cherche un chemin
vivant hors de l'évitement, comme sur celui
qui vient témoigner de l'humaine inhumanité,
de l'anéantissement de l'homme par lui-même,
se reporte, se cristallise tout le déni.
(la Tête de l'Homme, Seuil / Déplacement, 2008, p.36)
08 juin 2008
Sophie G. Lucas
d'une journée cramée regard accablé sur le vol des martinets mains sur les hanches elle là-haut le nez collé n'entends pas pleuvoir les commandes des clients dans son dos flèches dans le ciel nuages percés et courbes des oiseaux tard bien trop tard pour les suivre
l'océan se laisser aller sur le dos battre en silence la mesure des drapeaux qui claquent le parfum des parasols rayures et tissus éponge tartines beurre et confiture de le lait tourné aux coins des lèvres
*
à son retour le silence de la maison de ses voisins du petit arbre de la clôture de la bicyclette la vie seconde adossée là et c'est la panique presque
(Panik, Les éditions Le Chat qui tousse, 2008,p. 9, 11 et 24)
d'autres extraites ici
18 mai 2008
Danielle Collobert
flots lourds
d'épaisse couleurs - le visible
tension aux yeux du nerfs - cercle en cercle de pupille
distendues - relevant les tracés - lignes - carte du
corps - subissant les chocs à l'oreille
il regarde - brûlé - si les paupières servaient à dimi-
nuer l'intensité - lumière souvenir - d'avoir vu
éclatement de l'œil - immensité reçue d'un coup -
inondant la surface aqueuse - débordera du corps
en flamme - un jour - sans doute
au ras de la chair pour chercher l'obscurité - il colle
ses yeux au creux sombres - cils immobilisés -
aplatis contre la peau humide - cherche sa nuit
(Oeuvre 1 / il donc, POL, 2004, p.320 et 321)
01 mai 2008
Cid Corman
Deuil -
presque tout
ce qui est
a été
La perte
pèse et
tient à
Ô
Personne
pour entendre
(sans vent)
les arbres
Feuilles
restantes - est-ce
ce qui
reste
Les mots -
ce souffle -
toi - non -
moi?
Comme s'il s'était jeté de lui-même
au milieu de la route le chien -
pas mort - épuisé - aboyant toute la nuit
prêt à se taire - si possible -
jusqu'au retour de la nuit. Mais là - se levant -
à contrecœur - comme je passe - incertain
de ce que je mijote - là debout -
avec un air abject de lassitude et de peur -
sans même prétendre être un chien.
(Vivremourir précédé de Lieu, L'act em / coll. La rivière échapée - Trad. B.Beck & D.Quélèn, 2008, p. 55 et 87)
27 avril 2008
Antoine Emaz
la lumière cerne serre ferme
même les mots
un silence de verre
l'air fait bloc
la lumière le traverse
comme une loupe
dans l'air
râpeux
jardin comme raclé
par la lumière
elle coupe net aux angles
aux moindres relief du crépi
mur
éclatant de blanc
the light surround clings closes in
even on words
silent as glass
air hangs solid
the light a magnifying glass
cutting through
the roughness
like a blade
that scarpes
across the garden
slicing the corners of the wall
the tiniest plaster bump clean
wall
blinding white
(Petite suite froide / Ice suite (trad. Delia Morris), Atelier des Grames / coll. l'à bordée, 2005, p.19 et 18)













